25 août 2014
Les Bauges au cœur de la musique

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L’excellence ne reste pas enfermée dans les grands centres métropolitains, et le festival des Bauges l’illustre admirablement depuis plus de quinze ans : les meilleurs solistes qui s’y sont succédés en témoignent. Pays de monts et de randonnées verdoyantes entre Aix-les-Bains et Chambéry, ce massif préservé de la dénaturation des grandes pistes alpines, est sorti de sa torpeur musicale quand un mélomane de la région, Anthime Leroy, a décidé d’investir les dizaines d’églises qui parsèment le territoire pour amener le grand art au cœur de ce qui était regardé jusqu’alors comme un désert culturel quelque part en Lyon et Genève. Certes, les touristes n’y manquent pas, mais c’est d’abord un rendez-vous conçu par des locaux pour les locaux, qui administre l’exemplaire preuve que la curiosité et le bon goût ne sont pas l’apanage des élites parisiennes.

Un duo sous le signe de la complémentarité

Le programme consacré à Beethoven donné par François-Frédéric Guy et Tedi Papavrami à Lescheraines le démontre avec éclat. Fuyant son pays natal avec sa famille, le violoniste albanais est arrivé en France où il a rapidement été repéré pour ses dons d’enfant prodige. Il ne s’est cependant nullement momifié dans cette posture, et la maturation de sa profonde musicalité se confirme dans les trois sonates pour violon qu’il donne avec François-Frédéric Guy, étape dans un vaste projet consacré à Beethoven. Le récital s’ouvre sur la Cinquième Sonate en fa majeur, surnommée Le Printemps pour la légèreté et la fraîcheur de sa sève mélodique. Sous l’archet de Tedi Papavrami, elle vibre d’une sonorité charnue et savoureuse, assurément racée, et contraste avec la fluidité du toucher de François-Frédéric Guy. Plutôt que l’imitation, le duo préfère une complémentarité des caractères, et souligne la tension dramatique.

Vibrante Sonate à Kreutzer

Si on le ressent dans la Dixième, c’est bien évidemment dans la fameuse Sonate à Kreutzer qu’elle s’exprime avec le plus d’évidence. Après l’introduction lente, la fougue s’empare d’un presto où le violon frémit d’une belle nervosité. Si l’Andante central dégage une césure par son lyrisme apaisé, cette énergie effrénée revient à l’assaut dans un finale étourdissant. Très exposé, le violoniste y affirme une présence aussi généreuse que le grain sonore de son instrument, sans jamais céder à un étalage gratuit. On retrouve cet équilibre entre les deux musiciens dans les Airs tsiganes de Sarasate donnés en bis, d’une virtuosité aussi échevelée qu’excentrique, où le plaisir de jouer se révèle communicatif, si ce n’est contagieux à un public captif, à l’écoute fervente, qui le démontre par ses applaudissements chaleureux. L’intégrale des Sonates pour piano et violon de Beethoven avec Tedi Papavrami et François-Frédéric Guy au festival des Bauges ne fait sans doute que commencer…
GL
Festival des Bauges, jusqu’ au 23 août 2014

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs