20 octobre 2016
Le soap opera présidentiel

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Tout au long des années 90 et au début des années 2000, la télévision – privée comme publique – nous a habitué aux sagas estivales. Huit ou neuf épisodes pour suivre une fois par semaine des intrigues familiales, des meurtres, des vengeances, des sentiments, des amours contrariées et des happy end à la morale mièvre. Ces feuilletons – devenus cultes ! – dont la trame reposait invariablement sur une haine froide et bien tenace entre les principaux personnages ont rythmé nos soirs de juillet et d’août. Mais malgré le succès, le format est devenu désuet au fil du temps. Ces fresques étaient toujours peuplées de femmes fortes, désireuses de liberté et d’absolu, de revenants sortis des ombres d’un passé que tous pensaient révolu, de jeunes chiens fous aux jolis minois et aux dents longues et de frères ennemis jurés. Chacun cachait ses propres secrets mais n’hésitait jamais à utiliser ceux des autres pour un peu plus de pouvoir, pour une petite once de domination, pour une bonne vengeance, pour tuer l’adversaire, pour enfin être tout puissant. Ca mentait et ça manipulait – cadavres et vérités –, bref ce n’était pas toujours ragoûtant, mais on suivait ça avec attention, assiduité, on prenait partie, on adorait les méchants, on moquait les naïfs et les candides, on se prenait d’affection, on pleurait, on se désolait et à la fin, lorsque la rentrée et l’automne pointaient le bout de leur nez, on était rasséréné, heureux que les mauvais aient perdu, ému que la vérité – la vraie – ait éclaté et puis on passait à autre chose en attendant l’année prochaine ou l’opus suivant qui déborderait lui aussi de sentimentalisme et de belles paroles. Dès le lendemain on avait déjà oublié le propos de l’histoire, qui était qui, qui avait dit quoi, on avait d’autres soucis, parce que ça avait beau être une bonne histoire, pleine de toutes les émotions possibles, ce n’était que de la fiction. Ca vous évoque quelque chose ?

Comme un roman-photo

Lundi soir, France 3 a remis au goût du jour ces sagas que l’on pensait disparues. Sous la houlette de Franz-Olivier Giesbert délicieux de malice et de pertinence, le premier épisode d’ « Opération Elysée » a respecté tous les codes du feuilleton. Mise en place de l’intrigue, présentation des principaux acteurs, déjà quelques confidences et les prémices des affrontements futurs. Affrontements dont nous savons déjà qu’ils seront la trame des épisodes suivants. C’est parti pour la campagne version 2017, version Plus belle la vie !, version roman-photo. Les belles images, les coulisses, les répliques bien apprises et soigneusement validées par des équipes de communicants, les apartés personnelles, les différentes visions de la société et toute la galerie des caractères possibles et imaginables. Le « thriller » français est lancé, la France ne doit pas mourir, le choix des électeurs n’engagera pas qu’un quinquennat mais bien l’existence même du pays. C’est un choix historique ! Voilà pour le besoin, tout petit besoin de fond : on patauge dans les grandes phrases et les grandes idées, dans le besoin de réformes et de changement, dans la nécessité du courage et dans l’obligation de vérité ! Première contradiction et erreur scénaristique: vérité et fiction ne sont-elles pas antagonistes ?

Multiples intrigues

Tous étaient présents, même les candidats non déclarés comme François Hollande, Emmanuel Macron et François Bayrou. Ils reviendront plus tard, au fil des épisodes. Quel sera leur rôle ? Seront-ils de ces personnages qui en une phrase ou une action chamboulent l’histoire que tous pensaient déjà écrite ? Vivement la semaine prochaine. Car soyons honnêtes, la curiosité l’emportant sur le dédain, dès les premières minutes le récit nous prend, nous intéresse, nous accroche. Évidemment nous serons au rendez-vous pour suivre cette campagne ! Mais à

quelle place ? Derrière notre écran, nos écrans en tout genre, derrière les journaux, derrière les éditos, derrière les futurs débats et les émissions politiques ? Ou bien alors serons nous acteurs nous aussi ? Il est trop tôt. Nous ne sommes qu’en précampagne. L’action ne se mettra en place qu’au bout de quelques semaines. Après le choix de la primaire de droite. Après les premiers morts ! Voilà qui va nous tenir en haleine. Premier tableau, la guerre de famille à droite ! Les jeunes loups, les revanchards, les hypocrisies, les sourires moqueurs, les allusions pleines de morgue, les jugements moraux, les ressuscités, tout y est ! Force est de constater que les relations ne sont pas au beau fixe dans la famille ! Voilà qui nous promet une bonne intrigue faite de rebondissements, de trahisons, de promesses défuntes et de défaites retentissantes ! Mais ce premier épisode nous a aussi alléché avec quelques indices sur les intrigues futures ou secondaires. La primaire de gauche, l’hypothèse Macron, la campagne populiste de Marine Le Pen, les colères de Jean-Luc Mélenchon, la possibilité François Bayrou. Bref le programme va être chargé, l’intrigue d’une certaine épaisseur et les émotions nombreuses et compliquées.

Hâte donc d’être à la semaine prochaine. Pour suivre un nouvel épisode tranquillement assis sur nos canapés, un verre de vin à la main, spectateurs d’une aventure qui nous paraît lointaine et qui pourtant nous concerne tant ! Peut-être faudrait-il éteindre la télévision et agir ?

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs