4 novembre 2016
Le péril Trump

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A donner des frissons…Un sondage réalisé mardi 2 novembre par ABC et le Washington Post place Donald Trump en tête avec  46 % des intentions de vote contre 45 % pour Hillary Clinton. Dans un des pays démocratiques qui vote le moins, cela donne le vertige sur l’issue mardi prochain de ces élections qui impacteront de façon définitive le reste du monde. Et une question, comment en est-on arrivé là? Qu’un réalisateur aussi recommandable que Clint Eastwood annonce fièrement soutenir le milliardaire preroxydé (le magazine Forbes a estimé, en octobre 2015, sa fortune à 4,5 milliards de dollars, ce qui le place au 113e rang des fortunes américaines), lequel  n’hésite pas à annoncer une troisième guerre mondiale au cas où la candidate démocrate l’emporterait? Cet homme qui se décrit comme un “tueur”, suivant l’injonction de son père pour lequel la réussite ne se conçoit pas sans être en guerre contre les autres comme le documentaire diffusé sur Arte dimanche dernier-à revoir absolument sur Arte+7– le démontre. Ivana, sa première femme? Larguée car Donald ne supportait pas d’avoir des relations sexuelles avec elle après qu’elle ait enfanté; elle l’a également accusé de l’avoir violé, ce à quoi l’ avocat de Trump aurait répondu : “on ne peut pas violer sa femme”-sic . Son frère? Mort à 40 ans après avoir sombré dans l’alcoolisme faute de ne pas avoir suivi le modèle familial. Ses casinos? Des gouffres financiers et malheur à ceux qui osaient le dire à Wall Street comme ce courtier qui s’est vu viré du jour au lendemain suite à une lettre de Trump faite à sa direction.

Un bien piètre businessman

Ainsi l’homme qui a écrasé quiconque sur sa route à coup de procès menés avec son acolyte qualifié de “serpent”, ruiné des milliers d’investisseurs dans ses projets mégalomanes comme le Taj Mahal, un casino hôtel de plus de mille chambres à Atlantic City) se positionne-t’il pour redresser l’Amérique alors qu’il n’a jamais couru que pour lui même. “Que l’on parle de vous en bien ou en mal, voilà la clé” est son crédo, champion du marketing, bien loin de ce que l’on doit attendre d’un homme d’Etat. La Maison blanche acquise, ce serait The Apprentice, l’émission de téléréalité qu’il a présenté pendant douze ans, qui débarquerait à Washington, avec des candidats qu’on jette s’ils n’ont pas été suffisamment “tueurs”. Quant aux musulmans, ils n’auraient plus le droit d’entrer aux Etats-Unis, les femmes d’avorter-celles qui le feraient devant “être punies d’une manière ou d’une autre”, et d’encourager les armes, affirmant devant les fusillades comme celle de San Bernardino que « si les gens avaient été armés, ils auraient pu se défendre ». Quant au changement climatique, il déclare qu’il s’agit d’« un canular total », prônant le gaz de schiste dévastateur pour les sous-sol et s’opposant à l’énergie éolienne. Adieu donc les accords de la COP21 ou encore l’Obamacare qui assure une couverture médicale digne de ce nom à tout américain dans un pays où la consultation chez un généraliste coûte 600 $. Favorable à l’utilisation de la torture contre les djihadistes présumés, il a ainsi déclaré: « Croyez-moi, ça marche, et vous savez quoi ? Si ça ne marche pas, ils le méritent quand même ». On continue? Poutine est pour lui un homme “brillant, plein de talent”; résoudre l’immigration illégale mexicaine passe selon lui par la construction d’un mur de 27 m de haut sur 3200 km; les ressortissants français méritent un contrôle extrême pour entrer aux Etats-Unis, estimant que notre pays a été « infectée par le terrorisme » tout comme l’Allemagne. Il a également évoqué la fermeture d’internet « dans certaines régions » pour contrer l’islamisme radical et la mise en place de « tests de dépistage idéologiques » pour les personnes souhaitant émigrer aux États-Unis.

Hillary devenue malgré elle un repoussoir

Face à celui que l’on pourrait qualifier de fou furieux, Hillary Clinton offre une alternative peu affriolante. Celle qui avait déjà perdu dans l’investiture démocrate face à Obama en 2008, souffre en effet d’une image d’apparatchik et du bilan de deux mandats en demi teinte du parti qu’elle représente. A la voir se transformer au fil des années dans le documentaire d’Arte, on doit reconnaitre qu’elle tient désormais plus du robot que d’une vraie femme. Il faut dire qu’elle a du en avaler des couleuvres pour être encore là après plus de soixante ans de vie politique. Car, c’est dès ses 17 ans qu’Hillary Rodham est entrée en politique comme on entre en religion, avec l’idée de changer son pays. Activiste, elle épousa Bill Clinton pour former un ticket gagnant qui les conduisit à la Maison Blanche où elle fut la première dame à avoir un bureau dans l’aile Ouest, celle où l’on décide, et une équipe pour ne pas être la potiche que furent celles qui la précédèrent. Changer le système de santé, voilà son premier chantier et son premier échec, chahutée par les foules au point d’abandonner en septembre 1994 afin de sauver la réélection de son mari. Elle le soutint ensuite sans faille devant les cameras, réaffirmant sa confiance en lui malgré les scandales liés à son adultère; Jennifer Flowers, Monica Lewinski, Hillary joua le rôle que l’on attendait d’elle,  prête à sacrifier son amour propre au profit de son ambition personnelle, dévorante car ainsi que le dit Donald Trump qui a confié à maintes reprises les plus hautes fonctions à des femmes dans son entreprise: “pour qu’une femme arrive à ce niveau, c’est qu’elle vaut dix hommes”. En cette fin de campagne, c’est pourtant menacée d’emprisonnement qu’Hillary Clinton affronte son adversaire. Le FBI a relancé son enquête sur cette fameuse boite mail secrète qu’elle a utilisée alors qu’elle était Secrétaire d’Etat du gouvernement Obama.

Passible d’emprisonnement, qui n’aurait pas des craintes de voter pour Hillary?

Une violation grave à la législation américaine qu’elle n’avait pas hésité elle-même à sanctionner d’un renvoi pour un ambassadeur qui avait fait la même erreur en 2012. Sommée par le FBI de livrer le serveur, Hillary Clinton en a fait effacer le contenu avec un logiciel professionnel, affirmant qu’il s’agissait d’une « simple erreur de manipulation » du technicien, ce que les internautes purent démontrer  être un mensonge grossier. A quatre jours des élections, on commence désormais à savoir ce que contenait ces 33 000 mails volontairement effacés; Wikileaks qui y eu accès diffuse désormais leur contenu portant sur la mise aux enchères de postes d’ambassadeurs, le chantage à l’extorsion exercé contre des Saoudiens, les manipulations d’Hillary pour évincer Bernie Sanders des primaires démocrates, les débats truqués, la collusion avec la ministre de la Justice, qui a invoqué depuis le Cinquième Amendement pour ne pas témoigner contre elle-même et la complicité d’Obama dans cette histoire de serveur mail privé conjuguant ses efforts pour enterrer l’affaire, et même sa propre utilisation d’une messagerie parallèle. Enfin, ils révèlent l’utilisation d’activistes payés pour provoquer la violence dans les réunions électorales de Donald Trump, bref, du lourd qui achève de rendre plus qu’incertaine sa victoire mardi prochain avec face à face “l’électeur démocrate qui lit le New York Times, conduit un SUV et est incapable de comprendre comment on peut soutenir Trump. Et celui qui supporte Trump qui conduit probablement un pick-up, s’informe en regardant Fox News et ne peut comprendre qu’on vote Hillary” comme le résume parfaitement l’écrivain George Paker. De quoi donc trembler pour quiconque imagine la suite de cette nouvelle présidence à la tête de cette Amérique qui, rappelons-le, demeure la première puissance mondiale et donc nous concerne tous.

Par Laetitia Monsacré

 

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