15 septembre 2017
Le pari d’Anne Hidalgo

Semaine chargée. Entre la première manifestation du quinquennat, des insoumis vociférants, un Front National qui expose ses divisions au grand jour, un Parti Socialiste mutique – on se demande même si la vénérable maison de la rue de Solferino existe encore –, et un Jupiter grimpant sur l’Acropole avant de dégringoler dans les sondages et de commettre des bourdes qui lui colleront sans doute longtemps aux basques, les quinze premiers jours de septembre n’auront pas été de tout repos. Les décisions gouvernementales clivantes et peu populaires ne font qu’ajouter une dose de nervosité au je-m’en-foutisme ambiant mâtiné de désespérance et de résignation. Pourtant ce mercredi une nouvelle, certes échaudée, est tout de même venue nous réconforter. Venue de Lima, la désignation de Paris comme ville hôte des Jeux Olympiques de 2024 est en soi une source à la fois de fierté mais aussi d’optimisme. Certes les grincheux et les tatillons sont déjà à l’œuvre pour surveiller les dépenses, scrutateurs minutieux de chaque ligne de ce futur bilan comptable. Ils sont déjà prêts tous ces râleurs professionnels à arguer que les dépenses futures auraient pu être mieux employées, il n’empêche, c’est un sentiment de joie qui se dessine sur le visage de tous ceux qui – comme le griffon – aiment ces grandes cérémonies planétaires, ces raouts mielleux de bons sentiments et ces réunions d’athlètes du monde entier réunis pour célébrer le temps de quinze jours une idée, un engagement et des valeurs. Et il y en a une qui a compris combien cette émotion et ce sourire béat de mièvrerie peuvent s’avérer être des atouts majeurs dans une besace de candidat à la Présidence de la République.

Première haie franchie

Alors oui, faisons de la prospective et essayons de voir plus loin. L’attribution des Jeux Olympiques n’est-elle pas la première étape d’une longue course présidentielle pour l’actuelle première magistrate parisienne ? Après tout, quoi de mieux pour s’installer dans le paysage qu’une telle victoire. Le temps d’une candidature olympique, Anne Hidalgo dont on sent poindre l’ambition – et pas seulement sportive – est passée du statut d’ancienne adjointe de Bertrand Delanoë élue maire, en partie grâce à la popularité de ce dernier et à la sociologie boboïsée parisienne, à un statut de recours ou de possibilité. Celle d’incarner une candidature présidentielle pour une gauche socialiste pour l’instant coincée entre un Mélenchon ambitieux et un Macron pas encore suffisamment affaibli pour faire fuir ceux qui ne pensent qu’à leur peau. Oui, Anne Hidalgo pourrait incarner, veut sans doute incarner, la possibilité pour la gauche de revenir au pouvoir. La victoire de Lima est une première étape qui lui donne du souffle et la positionne favorablement dans la course à sa propre succession. Encore lui faudra-t-il batailler sec contre tous les marcheurs ambitieux et élus de la capitale qui lorgnent tous sans une grande discrétion sur l’Hôtel de Ville. Benjamin Griveaux ou encore Hugues Renson, quadra macronnistes et fanatiques, sont des adversaires dont elle devra se méfier !

Méfiance et sagesse

Mais la Dame de Paris est habile. Elle sait déjà que le chemin vers 2022 passe par une réélection en 2020. Alors elle se place, elle se rabiboche, elle entretient des relations, elle s’assagit. Elle affronte aussi les tempêtes avec force et détermination, histoire de prouver, triste constat d’une société encore trop patriarcale, qu’une femme peut tenir tête à tous ceux qui la conspuent et qu’une femme peut agir avec fermeté et balayer au loin les soupçons de sentimentalisme, de douceur ou pire d’hystérie. D’ailleurs elle n’a peur de rien Anne Hidalgo. Elle trace son chemin et gare à ceux qui se mettent en travers de sa route. Elle n’hésite pas à décocher des flèches sibyllines et acerbes. Les ronchons véhiculés en ont fait les frais. Elle n’a d’ailleurs pour cela pas hésité à se draper d’un féminisme outré – avec une dose de calcul –, renvoyant ses contradicteurs au rang de machos ahuris et bêtas ! Elle sait ce qu’elle fait. Elle se place petit à petit sur un échiquier socialiste qui manque clairement de têtes d’affiches capables de rivaliser avec la Maire de Paris. Quelle plus belle citadelle pour observer les jeux et les mouvements de chacun que l’Hôtel de Ville. Jacques Chirac pourrait en parler des heures, lui qui en avait fait une forteresse fait pour prendre d’assaut l’Elysée. Même Bertrand Delanoë en son temps avait pu croire que l’Hôtel de Ville lui ouvrirait grandes les portes du Parti Socialiste ! Alors Anne Hidalgo, pas moins égocentrique et certaine d’elle que ses prédécesseurs, se prend à s’imaginer un destin présidentiel.

Ne serait-ce pas merveilleux d’inaugurer les Jeux Olympiques de 2024 non pas en tant que maire de la ville hôte mais en tant que Présidente de la République ? En attendant 2022 et les obstacles qui n’en doutons pas s’accumuleront d’eux-mêmes, Anne Hidalgo sourit et observe. D’une certaine façon avec cette victoire en main Anne Hidalgo a pris un peu d’avance sur ses adversaires. Elle s’est crédibilisée. Elle a tenu son rang et s’est offert un bon bol de stature internationale, ce qui ne fait jamais de mal. Jupiter n’a qu’à bien se tenir, il risque de prendre la foudre. Pour une fois sans doute ne respectera-t-elle pas la devise du Baron de Coubertin, en politique l’essentiel n’est pas de participer mais de gagner !

Par Ghislain Graziani.

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs