20 janvier 2018
Le lait dans tous ses états

Après la perquisition le mercredi 17 janvier dernier dans cinq sites du groupe, dont le siège et le site de Craon en Mayenne, Lactalis ne fait plus les gros titres (et même pas un article le we dernier dans le Figaro tandis que Libération titrait en Une “Le lait sur le feu”), chassé des Unes depuis jeudi par l’abandon de Notre Dame des Landes ou vendredi, la fermeture annoncée de la centrale Fessenheim dans le Haut Rhin. Le scandale, avec une trentaine de nourrissons contaminés à la salmonellose et à la clé des dizaines d’hospitalisations pour chacun sur trois mois, demeure pourtant tandis qu’est dénoncé l’opacité de ce groupe familial, premier groupe mondial dans son domaine, au chiffre d’affaires  de 17 milliards d’euros qui ne publie pas ses comptes; son président Emmanuel Besnier est devenu 8 ème fortune française, 116 ème mondiale tandis que les éleveurs qui sont en contrat avec lui se voient congédiés dès qu’ils parlent dans la presse et travaillent à perte, cela entraînant un suicide par jour chez les paysans français sans que personne n’en parle. Avec 1000 litres de lait qui reviennent à produire 340 euros pour les fermiers et acheté 270 euros voire 150 euros par Sodiaal, la coopérative représentant Yoplait, les éleveurs qui travaillent à fournir la marque à la petite fleur en lait  ne sont pas mieux lotis comme l’a montré comme à son accoutumée l’ émission sur France 2, Cash Investigation, présentée par Elise Lucet.

Très pauvres fermiers

Leur marge a ainsi baissé de 4 % en 2016 tandis que celle des distributeurs tels que Carrefour, Leclerc ou Auchan augmentait de 100% et de 50 % pour les industriels du lait. Ainsi la coopérative-un nom qui laisse à penser  à la solidarité et la redistribution équitable- Sodiial a t’elle redistribué 3, 5 millions d’euros à ses éléveurs, un bénéfice qui est toutefois amputé d’un peu moins de 50 millions réellement perçus par elle; “du lait très écrémé” grâce à un système d’optimalisation fiscale. Et l’élévage intensif avec des exploitation de plus de mille vaches, s’en sort-il mieux? Pas vraiment, avec des endettements records, à l’image de la Nouvelle Zelande où les équipes de Cash Investigation se sont rendues. Dans ce pays à la plus grande industrie laitière mondiale, en fixant le cours sur le marché mondial, en une heure on traie 600 vaches pour une exportation à 90 % en Chine. La condition? Arroser des prairies infertiles pour arriver au résultat de 2000 litres d’eau utilisé pour produire un litre de lait! Des lacs pollués qui deviennent comme des fosses sceptiques, des rivières à sec, le prix est cher payé pour l’environnement.

Après cela, on nous le répète: “Les produits laitiers sont nos amis pour la vie”, un “amour vache”, non?

Par Laetitia Monsacré

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