30 septembre 2015
L’Amérique sous le signe de Verdi

A New York, à quelques jours de la visite du pape François, le Metropolitan Opera ouvre sa saison avec une nouvelle production d’Otello de Verdi par Bartlett Sher. Les qualités cinématographiques de son travail, au diapason du cahier des charges des retransmissions sur grand écran dans les Gaumont et consorts, ne font plus de doute, ce dont témoigne la maîtrise des évolutions et rotations de l’architecture translucide de palais vénitien ou Renaissance sur laquelle sont projetées de menaçantes nuées vidéographiques imaginées par Luke Halls. Le spectacle, équilibre entre modernité et élégance, s’attache d’abord à l’efficacité. Plateau de stars comme toujours au Met : Aleksandrs Antonenko incarne un Otello d’airain, dont on n’a pas grimé en noir la face de Maure, comme cela était jusqu’alors la tradition. Avec son timbre sonore aux faux airs de Jon Vickers, ténor canadien disparu en juillet dernier et dont on célèbre la mémoire, le letton sent l’effort plus que le naturel. En Desdémone, Sonya Yoncheva livre une composition vocale jusque dans les intonations à la limite du parler et la caractérisation, rehaussant le belcanto au niveau de l’intensité dramatique. Le tempérament de la soprano bulgare se révèle dans la manière instinctive avec laquelle elle colore les sentiments. Zeljko Lucic affirme un Iago sans concession, tandis que Dimitri Pittas ne ménage pas la vigueur de Cassio. Dans la fosse, Yannick Nézet-Séguin imprime une énergie fluide à une partition dont il éclaire la richesse expressive – indéniablement, à tout juste quarante ans, le québécois se confirme comme l’un des meilleurs chefs de sa génération.

Côté est versus côte ouest

Direction San Francisco, où l’imposant War Memorial Opera House – où la décoration rappelle vaguement les missions espagnoles et l’imaginaire ouest américain – fait honneur à un Verdi plus rare, Luisa Miller. La reprise de Francesca Zambello ne s’égare pas dans des recherches scénographiques originales, et sert surtout de faire-valoir à une distribution largement dominée par le Rodolfo de Michael Fabiano. L’insolence de son éclat, auquel le public californien réserve une standing ovation méritée, le dispense peut-être parfois d’un peu de musicalité, ce qui n’empêche aucunement son impulsivité juvénile de résumer les tourments amoureux du personnage de Schiller. Leah Crocetto ne manque pas d’atouts pour lui donner la réplique en Luisa, quand les accents paternels ne font pas défaut au Miller de Vitaliy Bilyy. Daniel Sumegi n’oublie pas la vindicte du Comte Walter, qui avait promis Federica à son fils – opulente Ekaterina Semenchuk. Ajoutons encore le Wurm d’Andrea Silvestrelli, ainsi que l’italianità sans fard de la direction de Nicola Luisotti.

Par Gilles Charlassier

Otello, New York ; Luisa Miller, San Francisco – septembre 2015

 

Articles similaires



Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs