2 mars 2013
Lagerfeld, Une vie sur un bloc

Après son magnifique Empreintes sur France 5,  « Le roi seul » signé par Thierry Demaizière voilà le dernier opus consacré à Karl Lagerfeld, réalisé cette fois par Loic Prigent, premier journaliste à avoir traité la mode comme une chose normale et donc intelligemment. A la façon du Petit Prince, et son « s’il te plaît, dessine-moi un mouton… », il a passé des heures avec Karl pour les intimes, Lagerfeld pour les autres,  lui demandant de se raconter devant un bloc à dessin… Large feutre noir à la main gantée d’une mitaine en cuir noir, le voilà esquissant en quelques secondes tantôt sa robe de chambre ou sa maison d’enfance en Allemagne, « 3000 m2 de jardin », assis dans une pièce tapissée de livres, où cette encyclopédie vivante parle sans jamais aucun académisme. il évoque son père, sa mère qui lui disait déjà enfant  » fais un effort pour parler ou tais -oi ». Cette enfance « où j’étais déjà pourri », en tenue tyrolienne,  déjà passionné pour les vêtements et avec un seul désir  » être différent de tout le monde ». Puis la rencontre avec Saint Laurent  » beaucoup plus drôle avant Pierre Bergé », ses débuts chez Balmain- « la taille serrée, très jolie madame » où il abat déjà le travail de tous… Il faut le voir tracer des lignes avec une facilité désarmante à vous rappeler le film de Clouzot sur le mystère Picasso. Les deux sont d’ailleurs devenus de leur vivant riches, grâce notamment pour Lagerleld au sigle de Fendi qu’il a lui-même trouvé et déposé, et reconnus ce qui est juste chose lorsque l’on voit la carrière du « Kaiser ». Mais avant cela, voilà Patou où enfin, on lui donne les moyens de créer autre chose que des robes avec du tulle et « après, vas -y , garnis! » ou ses collections free-lance, créateur infatigable dont la moindre seconde occupée à ne pas dessiner semble perdue à l’image de ses doigts gantés qui tapent sur le bureau, dès le dessin fini.

Du Palace à Chanel

Il y a aussi la vie privée, avec les fêtes sublimes qu’il organisa au Palace « Paye qui peut » en compagnie de l’homme de sa vie, Jacques de Basher, « le Français le plus chic que j ‘aie jamais vu », portant des shorts avec des mi-bas, « sans jamais être ridicule ». 1983, voilà Chanel, à l’époque une « maison poussiéreuse » acceptée par défi; les dessins s’enchaînent avec Inès de la Fressange, « une classe que les autres n’avaient pas, tout comme Bettina » et tous ces accessoires permettant une identification instantanée: le canotier, le camélia, le noeud en satin noir, le sac matelassé, la veste de liftier revisitée en tweed… « Il faut donner un aspect nouveau tous les trois mois,  c’est mon métier et apparemment je n’y arrive pas mal! » s’amuse -t’ il avec une distance qui ne le quitte jamais. Se prendre au sérieux, quelle horreur pourrait-il ajouter, résumant la chose quand il évoque sa mort par un  « brule, jette- je déteste encombrer! » . Au point qu’il a « fondu » grâce à un régime drastique en 2000, « j’ai degraissé », entrant désormais dans les costumes d’Heidi Slimane et ayant renoncé à se cacher derrière un éventail. Un dernier dessin de ses trois muses actuelles puis de Claudia en petite culotte siglée Chanel car « si ce n’est pas le concept de Chanel, il faut bien passer par cela pour que Chanel survive » et ce documentaire sans aucune photos ni images d’archives s’achève avec cette idée qu’il est le seul créateur actuel à être capable d’un tel exercice. Chapeau l’artiste!

LM

Karl Lagerfeld se dessine de Loic Prigent, diffusé sur Arte à 21 heures 40 samedi 2 mars

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