16 août 2018
La Roque d’Anthéron, Que ma joie demeure…

 

“Le talent, c’est de refaire en donnant l’impression que rien n’a changé”.  La phrase d’Andrée Putman, reine du design, sied comme un gant à René Martin, créateur du festival de la Roque d’Anthéron qui fête cette année son 38 ème anniversaire avec toutes ses dents! 1998, le parc du Château de Florans et ses platanes bicentenaires accueillaient au milieu des cigales un jeune pianiste russe. Sitôt le concert terminé, en bas des marches, l’attendaient les responsables du label Erato pour le signer. Il s’appelait Nikolaï Lugansky.

Vingt ans après, la conque qui abrite la scène est devenue plus grande, les produits dérivés et les portiques de sécurité (80 000 euros de budget Vigipirate pour un festival qui s’autofinance à 74 %) ont fait leur apparition mais l’ambiance est toujours la même: les grillons continuent d’accompagner pianistes et orchestres, les tracteurs apportent encore Steinways et Bechstein sur scène que Denis de Winter accorde avec soin et la programmation continue de faire découvrir jeunes pianistes- Justin Taylor, Nathanaël Guoin, Marroussia Gentet- et des artistes confirmés comme pour cette édition Bertrand Chamayou, Boris Berezovky, Anne Queffélec, Nicholas Angelich, Nelson Freire ou encore l’argentin Nelson Goerner pour cette Nuit du piano du 13 août 2018 avec la virtuose Danse Macabre de Liszt.

Une partition toute noire

Devant les deux mille spectateurs, les doigts de Nelson Goerner tantôt balayent le clavier, tantôt tricotent ou galopent avec maestria au-dessus; l’orchestre Sinfonia Varsovia et son jeune chef invité, Lio Kuokman, l’attend ou l’accompagne-selon, tandis que le pianiste se soulève de son fauteuil emporté par une partition “où tout est noir de notes” ne laissant aucun espace sonore aux chants des grillons. Ils devront attendre Beethoven et ses  célébrissimes Symphonie n°7 en la majeur opus 92 et Symphonie n°5 en ut mineur opus 67 pour mêler leur chants aux notes de musique alors que le soir tombe sur ce qui est aujourd’hui la Mecque du piano avec cette idée de génie: une programmation qui s’étend jusqu’à mi-août, mois où la plupart des autres festivals se sont arrêtés. 23 heures, la nuit est tombée, le public s’éparpille; demain cela recommence jusqu’au 18 août avec des tarifs des plus raisonnables allant de 17 à 42 euros, les répétitions du matin et le choix des pianos parmi les neuf disponibles par les solistes étant gratuits. Bref, un festival des plus accessibles en attendant celui du Mont Saint Michel ou les Folles journées de Varsovie fin septembre- autres créations du foisonnant René Martin…

Par Laetitia Monsacré

Festival de la Roque d’Anthéron, voir site

 

 

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