6 mars 2017
La lente désagrégation de la droite française

Lugubre. C’est lugubre. Il n’y a pas d’autres mots. Une atmosphère mortifère de tragédie grecque se joue à droite. Tout s’entremêle. La trahison, l’abandon, la défense chevaleresque de l’être aimé, le courage, la conscience, le poids du destin, la victimisation, l’objet d’une vengeance, la mort politique, le rappel d’un ancien, la colère de la foule, la défense de l’honneur d’un homme, la revanche, le sang… Oui tout est réuni pour un dernier acte de cinquante sept jours désolant et désespérant. Oui nous sommes au théâtre. Et devant nous se joue une pièce bien triste et qui de plus nous exclut. Nous sommes, le croient-ils ces pauvres acteurs de pacotille aux mauvais dialogues, un public immobile qui semble subir toute cette mascarade. Ils oublient tous que nous ne sommes pas simplement des spectateurs mais les acteurs principaux de toute cette farce. Ils oublient, dans leurs délires, leurs manigances et leurs didascalies d’arrière-boutiques, que nous sommes les seuls à détenir le pouvoir. Notre bulletin de vote fait de nous des Deus ex machina et nous offre la possibilité ultime de choisir la fin de l’histoire. Ils devraient se méfier de notre mécontentement, de notre désaffection, de notre rejet, de nos critiques et de notre jugement acerbe.

La colère feinte du Trocadéro

Oui c’est lugubre. Il y a dans l’air comme les échos d’une oraison funèbre. La gauche française est morte depuis longtemps. La droite française est morte en quelques heures, entre dimanche après midi et lundi matin. Entre la folle déclaration de François Fillon et celle résignée d’Alain Juppé. Les slogans appris par cœur et les excitations tricolores des militants fanatisés du Trocadéro n’y changeront rien, la droite s’apparente à un champ de ruines. Vaste et morne plaine où divaguent les espoirs déçus et les discours entêtés et abscons d’un candidat obéré, rejeté, distancé et d’une certaine façon subclaquant. Le meeting du Trocadéro était un moyen pour François Fillon de refuser que ses compères ne l’enterrent vivant. Les quelques hourras d’une foule nombreuse certes mais assurément pas pléthorique n’ont réchauffé ni l’atmosphère ni les cœurs. François Fillon ne devrait pas croire que ces militants sont représentatifs des français. Au contraire, le peuple réuni hier n’est rien d’autre que les ultras parmi ceux qui s’étaient rendus à la primaire. D’ailleurs en évoquant la France des cathédrales, en faisant huer François Hollande, en déchainant la foudre contre les trouillards, les peureux, les craintifs, François Fillon au lieu de rassembler n’a fait que radicaliser son discours et ses troupes. Oui c’étaient ses troupes et seulement elles qui étaient présentes hier au Trocadéro. Surement pas la France de droite, surement pas la France qui un jour a cru en la rigueur et l’honnêteté morale de François Fillon.

Derniers arguments

Mais hier soir, l’homme blessé a cru bon de s’appuyer sur cette mobilisation factice et trompeuse pour revendiquer encore une fois la légitimité de sa candidature. Ca se délite de tous les côtés et François Fillon semble s’en foutre. La France y perd. La démocratie aussi. Alors que déjà nous sommes déboussolés et perdus face à cette classe politique indigne de notre confiance et qui à aucun instant ne semble être intéressée par autre chose que son propre sort, François Fillon, dans une sorte de folie, pousse de plus en plus son propre camp vers un choix inique. A savoir, choisir entre les bras populistes et réactionnaires de Marine Le Pen et ceux inexpérimentés, sans force aucune et tout aussi populistes d’Emmanuel Macron. François Fillon se veut irréductible. Il est certain d’avoir raison, seul contre le reste du monde. Son manque de lucidité et son incapacité à comprendre qu’il est aujourd’hui plus diviseur que rassembleur démontrent que François Fillon n’a pas la tête froide et n’a pas la sagesse et le recul nécessaires à l’action et aux décisions en faveur de l’intérêt général. Comment pourra-t- il être un Président de la République respecté et incontesté ? Et ce ne sont pas les quelques lieutenants à la mine grisâtre qui se tenaient derrière lui à la tribune qui pourront le sauver. Car nous sommes face, au delà d’un cas politique, à un cas pathologique. Personne ne sauvera François Fillon car il faudrait le sauver de lui-même. Mais qui osera franchir le pas ? Qui osera le débrancher ? Qui osera refuser que la droite française ne s’achemine à grande vitesse vers un mur sur lequel elle se fracassera et avec elle bon nombre d’hommes et de femmes dont le destin politique sera pour l’avenir fortement endommagé.

Prochaine étape ?

Alors quelle solution pour la droite ? Les marseillaises entonnées hier ressemblaient plus à des suppliques psalmodiées qu’à des chants vigoureux plein d’entrain, de certitudes et d’espérances. La défaite semble assurée. Le mot d’ordre même de ce rassemblement démontrait bien combien toute cette campagne est à la dérive. François Fillon s’est époumoné à propos de la liberté, il a célébré les intrépides et la majorité silencieuse. Celle qui, il l’espère encore, pourra lui empêché d’être abandonné sous les fourches caudines d’une droite assoiffée de sang et de revanche. Il a étrillé les socialistes mais à quoi cela sert-il puisque sa voix ne porte pas. Ne porte plus. Sa demande d’examen de conscience pour les femmes et les hommes de droite n’a pas plus de poids. Alain Juppé, ce matin, en refusant d’être un plan B, par orgueil mais aussi par lucidité n’a pas cherché à être agréable à François Fillon. Il a au contraire descendu avec une violence froide son ancien rival de la primaire. Alain Juppé, ravalant ses regrets et sans doute une certaine forme de colère, n’a fait mine d’aucune compassion. Le temps de la douceur est largement dépassé. La politique n’est pas faite de tendresse. François Fillon semble le découvrir et c’est tellement déconcertant. En fait il n’a pas les épaules. Si son programme tient la route, le problème réside dans le fait que le candidat qui le défend ne semble pas prêt à l’exercice du pouvoir. Effrayant constat d’un homme solide qui en quelques semaines s’effrite, se perd et se recroqueville sur lui-même espérant un coup de pouce du destin pour sortir de la tempête.

Mais le choix des français semble clair. A tort ou à raison, François Fillon semble déjà condamné. Alors que va faire la droite ? Va-t-elle choisir de rejoindre la gauche dans les limbes d’une histoire républicaine qui fut belle et intense ou bien va-t-elle, dans un dernier sursaut, réagir, exprimer son refus et stopper cette sorte de suicide conscient ? Quoi qu’il se passe il n’est pas certain que les électeurs s’y retrouvent ou adhèrent aux solutions proposées. Quoi qu’il se passe, une fois encore, la démocratie aura été abîmée et nous aurons été pris en otage d’une bourrasque et d’une piètre manœuvre. En attendant les solutions concernant notre avenir semblent passer à la trappe. N’est-ce pas cela le plus triste ?

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs