4 septembre 2015
La honte

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En cette rentrée, nous avions prévu une newsletter vous présentant un aperçu de ce que le cultureux pouvait espérer voir, lire, écouter en cette période où livres, films, opéras et expositions s’annoncent en pagaille. Mais les images sont souvent plus fortes et pointent l’obscénité qu’il peut y avoir à vivre son quotidien, aspirer à l’art comme si de rien n’était. Comment le nazisme a-t’il pu exister dans le pays de Goethe? Comment des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants peuvent se noyer, être asphyxié ou parqué comme devant la gare d’un capitale aussi riche que Budapest? Des mois que les journaux télévisés font le bilan macabre de ces embarcations de fortune qui chavirent avec des migrants qui ont payé des sommes astronomique pour fuir leur pays assiégé. Des chiffres, des foules, des visions de radeau de la Méduse jusqu’à cet enfant, couché avec son petit short sur une plage, si ressemblante de celles où nos bambins ont fait jusqu’il y a encore quelques jours des châteaux de sable, couru en riant dans les vagues, enduit de crème solaire pour les protéger du soleil tandis que des maitres nageurs les surveillaient.

Pas un père, pas une mère qui ne puisse être horrifié par cette photo qui montre ce qu’une Europe qui refuse l’assistance peut provoquer. La mort de l’innocence même, de celle d’un enfant qui jouait au ballon quelques jours avant comme le montre photos à l’appui son père, avec son frère, 5 ans et sa mère, également morts après que leur bateau ait chaviré. Une famille syrienne exemplaire dans la guerre qui frappe ce pays où aucune des grandes nations n’a voulu intervenir ni voulu délivrer de visas de réfugié. Mourir à Kobané, ville assiégée au nord de la Syrie par les djihadistes de l’Etat islamique avant d’être reprise en janvier par les forces kurdes,  aujourd’hui devenue un champ de ruine ou mourir à Bodrum, une des plages les plus touristiques de Turquie dont des millions d’Européens ont rapporté de beaux souvenirs et des photos à faire baver d’envie leurs voisins? Pour la famille Kurdi, la réponse a été celle qui fait aujourd’hui la une de certains médias- tous les journaux n’ont pas souhaité la diffuser. Cela fera-t’il changer les choses? En tous les cas, pour notre rédaction, en ce vendredi où nous avons rendez-vous avec nos abonnés, la réponse est oui.

Par Laetitia Monsacré

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs