7 octobre 2017
La France : un sacré bordel ?

Jupiter se lève et se plaint de ceux qui « foutent le bordel » ! On aura connu langage plus châtié de la part d’un Président de la République, tout du moins en public, même si depuis le fameux « Casse toi pauv’con » de Sarkozy, nous nous sommes, hélas, habitués aux dérapages sémantiques de nos dirigeants. Le fait est tout de même que l’énarque élyséen nous habitue désormais à ses sorties plus ou moins franches, plus ou moins bienvenues. Que le Président de la République se désole des lenteurs, des râleurs, de ceux qui s’évertuent sans cesse à bloquer les rouages d’une France en panne qu’il souhaite remettre en marche, pourquoi pas ? Après tout on peut comprendre son exaspération face à ceux, toujours les mêmes, qui prétendent défendre les droits de tous mais pensent surtout à leur bout de gras. Oui, on peut comprendre que Jupiter s’insurge. Il réalise sans doute qu’il n’est pas aussi puissant qu’il le pensait et que cette France, qui n’aime pas les réformes, est prête à une guérilla sans relâche contre sa vision du monde, de l’économie et de notre futur. Oui, on peut le comprendre, lui qui aspire tellement au changement, lui qui espère en son étoile et se voit comme celui qui aura su dépasser les mécontentements et relancer l’optimisme en créant une France moderne et prête, enfin, à la concurrence internationale.

Une colère légitime ?

Ne le blâmons pas trop fort, après tout il exprime sa colère et sa frustration. Et qui n’a pas été en colère, assez primairement d’ailleurs, avec la crudité des termes qui accompagnent souvent la rage et la contrariété, un matin de blocage ou de grève dans les transports ? Quel français n’a pas laissé échapper des philippiques assez peu amènes à l’encontre de manifestants ou de grévistes, exaspérés par des revendications légitimes mais aussi, souvent, égoïstes et corporatistes. Tous, nous avons tous râlé du bordel qu’une minorité activiste, dans une entreprise ou dans la rue, peut créer et nous faire subir. La seule différence entre lui et nous réside dans le fait qu’il est Président de la République et qu’il a le devoir, le suprême devoir, de maintenir ses nerfs et de ne pas se laisser aller à des déclarations trop vives. Lui qui se veut l’antithèse de ses deux prédécesseurs est en train à la fois d’épouser l’impulsivité sarkozienne et l’indécision hollandaise. Il râle contre les fouteurs de bordel mais laisse entendre qu’il est prêt à des concessions sur la réforme de l’ISF, histoire de ne pas se voir submerger par une colère, légitime ou non c’est une autre affaire, d’une partie du peuple qui lui reprocherait le cas échéant d’être le président des riches. Quand cet homme intelligent comprendra-t-il que les fouteurs de bordel et les insoumis excités ne voteront jamais pour lui et n’auront jamais à son égard ou envers ses réformes un quelconque élan de sympathie ?

Pourquoi vouloir être aimé ?

Qu’il les dépasse ! Qu’il dépasse leurs critiques, qu’il gouverne comme il l’entend et qu’il ne se laisse pas entraver dans sa volonté par quelques esprits obtus incapables de comprendre la nécessité du changement. Nécessité pour le bien de tous alors qu’ils se battent, eux, pour le bien de seulement quelques uns. Bref, Emmanuel Macron commet là, au delà d’une simple faute de langage, sa première erreur majeure : celle de vouloir être aimé par tout le monde ! A force d’avoir théorisé le « ni droite ni gauche » puis le « et droite et gauche », il s’est pris à son propre piège, à sa propre mégalomanie, être un Président unanime apprécié dans tous les camps du spectre politique. Quelle terrible ambition égotique ! Non, on ne peut pas être aimé par tout le monde, non on ne peut pas gouverner en contentant tout le monde, non on ne peut pas faire des réformes profondes sans déranger, froisser et remettre en cause des habitudes et des traditions. Non on ne peut pas bouger sans rien déplacer ! Alors à ceux qui lui reprochent un langage trop abrupt, Emmanuel Macron ne doit ni excuse, ni contorsion désolée. Au contraire, il doit tenir sur ses positions et doit expliquer pourquoi il refuse que le bordel s’installe.

Un bordel général et grandissant

Et le bordel est un danger européen qui a le vent en poupe en ce moment. S’il parlait évidemment du bordel dans les entreprises et dans sa démarche visant à défendre des nouvelles règles et de nouvelles normes dans l’organisation du travail, Emmanuel Macron, sait bien que son trait d’esprit peut être utilisé de mille façons différentes et à propos de mille sujets. Après la réforme du droit du travail, celle de l’ISF, celle de la taxe d’habitation, suivront sans doute, les réformes de l’Education Nationale, de l’organisation des territoires, etc…. Le fléau des fouteurs de bordel a de beaux jours devant lui. Alors une seule solution pour Jupiter soit il tient bon, soit une fois encore les reformes se feront à minima et la France restera bloquée dans des reflexes égoïstes où chacun défend son petit pré carré de privilèges ! Après tout c’est bien la beauté de la République et de son système démocratique ! Oui, qu’il tienne, qu’il aille jusqu’au bout, et puis les citoyens jugeront. Mais il n’est pas concevable pour Jupiter de flancher face au bordel ! Il n’a fait que le dire, sans doute avec maladresse et une pointe de provocation, mais peut-on lui reprocher de faire ce qu’il avait promis de faire ?

Une dernière réflexion concernant le bordel. Et même si les tenants et les aboutissants, les raisons historiques et conjoncturelles sont différentes, Emmanuel Macron n’a-t-il pas raison de dénoncer le risque du bordel qui fait aujourd’hui de l’Espagne un pays au bord de la guerre civile, qui fait de l’Allemagne avec la folie de l’AfD un pays moralement en danger, qui fait de l’Angleterre un pays sans cap, dépassé par ses propres choix ? Le bordel est général en Europe et il ne serait pas bon que ceux qui nous dirigent faiblissent face à tous ces risques ! Alors Jupi réagis, entreprends, dénonce, oppose-toi aux fouteurs de bordel sans jamais oublier que le sort de tous ne dépend que de toi !

Par Ghislain Graziani

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs