27 janvier 2013
La Comédie Française outdoor

Si ce n’est pas toi qui viens à la culture, la culture viendra à toi. Cette maxime définit bien l’origine d’un partenariat audacieux qui fonctionne depuis un peu plus d’un an,  grâce au 104, espace de création et d’innovation sis dans le XIXe arrondissement, qui accueille désormais régulièrement la Comédie Française. Les charmes du contraste qu’offre cette initiative confrontent un public fait de riverains, de scolaires, d’habitués du lieu ou du théâtre, à des groupes de danseurs imperturbables, pour qui les recoins des anciennes pompes funèbres n’ont plus aucun secret. Du grand hall où résonnent encore les beats hip-hop de postes à piles usés, on accède à la salle de spectacle qui donne donc actuellement la Maladie de la famille M, pièce de Fausto Paravidino ; un spectacle déroutant, qui laisse une impression étrange quand on le quitte, comme s’il avait fait resurgir des préoccupations enfouies, que l’on ne souhaitait pas voir reparaître.

Un remède : le rire

Ce drame familial contemporain est, comme son auteur le désigne, en citant Hamlet, un théâtre où « les comédiens tendent un miroir à la nature ». Ainsi, l’on peut voir dans son reflet une famille résidant dans une petite ville de banlieue pour laquelle l’existence est une suite d’épreuves que leur impose leur condition. Cette condition, c’est la misère, une misère financière certes, mais aussi affective et culturelle. La maladie qui touche chacun de ses membres est le deuil de la mère qui forme comme une toile de fond sur laquelle se dessinent les personnages avec leur névrose respective. Autour de la famille gravitent quelques identités : le médecin, observateur et narrateur qui a également son rôle dans la façon dont la famille gère ses maux, Fulvio, l’amoureux de Maria, la plus jeune fille, qui ne sait pas ce que c’est qu’être en couple et Fabrizio, l’ami de Fulvio, qui se découvre capable d’aimer. La mise en scène, les décors, les costumes et le jeu des comédiens alternent entre nature et stylisation, réalité et fiction. Si la lourdeur du thème de ce spectacle inquiète au premier abord, elle est supplantée par un humour finement construit, notamment lors d’une scène vaudevillesque où les deux amants de Maria se retrouvent invités en même temps à la table familiale : un quiproquo hilarant où les interventions inopportunes du père, tentant de calmer les esprits, ne font qu’accentuer les animosités…

Le personnage du père, justement, interprété par Christian Blanc, est à l’image du spectacle, à la fois drôle et dérangeant : la sénilité qui le gagne prête à rire certes, mais elle place le spectateur en face d’une réalité insupportable, celle de l’inversion inéluctable des rôles entre le père et la fille, car celle-ci doit s’occuper de lui comme d’un enfant, le changer, le faire manger, le coucher… Vu le beau résultat qu’elle a su en tirer, on comprend que la Comédie Française ait inscrit récemment ce texte à son répertoire, lui offrant, à lui et à son jeune auteur italien, un avenir célèbre.

La Maladie de la famille M., de Fausto Paravidino avec la Troupe de la Comédie Française, au 104 jusqu’au 13 février puis en tournée en France

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