8 septembre 2018
A Paris, la Biennale de tous les dangers

Ce vendredi soir, au Grand Palais, c’était grande affluence pour le vernissage de cette 30 ème Biennale de Paris qui porte bien mal son nom puisqu’elle est devenue depuis l’an dernier, annuelle. Soixante deux exposants- 25 % en moins- rivalisant de stands aux moquettes épaisses et immaculées-le blanc neige est à la mode comme chez Jacques Lacoste, rendant bien dangereux d’opter pour une autre chose que la coupe de Ruinard dont près de 1000 bouteilles avaient été déjà vidées vers 21 heures… Car comme chacun sait, le champagne, ça ne tache pas à la différence du vin rouge comme le très bon Grave servi en magnum dans un des dix “open bar” jalonnant les allées marines décorées de néons avec un talent certain par Jean Charles de Castelbajac. D’autant qu’il n’était pas question de poser son verre sur guéridons en marqueterie de paille- redevenue un incontournable de la décoration grâce à Lison de Caunes- ou autre paires de cabinet Boulle, afin de prendre une photo pour immortaliser les merveilles pour le moins inaccessibles comme ce grand Soulage de 2014 à deux millions euros présenté par Opéra Gallery. Un détail: à ces prix là, chaque cartel des oeuvres proposées précise désormais la provenance et l’authentification, le marché de l’art ayant récemment plus que bruissé des escroqueries d’experts…

De Chanel à Stendhal

Nul doute ainsi chez Marc Maison que le cabinet en boiseries “à décor de chinoiseries”qui a remporté le prix du plus beau décor de cette édition-Jacques Garcia présidait le jury-vient bien de la villa des Cèdres à Saint-Jean Cap Ferrat, jadis lieu de villégiature du roi des Belges, Leopold II. Pour 2,4 millions d’euros il est à vous! “Bah, tu vois, moi je m’en lasse! – Eh bien, moi tu me donnes le petit, je le prend!” Plus loin, Hans Hartung était à la Galerie de la Présidence l’objet d’une vive discussion entre deux élégantes qui, à l’image du public ce soir-là avaient sorti leurs plus atours, chacun racontant ses vacances forcement “très réussies” dans leurs lieux de villégiature. Lesquels auraient bien accueilli la paire d’ appliques de Eileen Gray, créées pour sa villa de Menton (Galerie Mathivet) ou plus classique,  la paire de fauteuils de Gourdin ayant appartenu à Coco Chanel à moins de préférer y feuilleter l’édition originale de La Chartreuse de Parme de Stendhal- 75 000 euros- proposée par la Librairie Camille Sourget ou les objets d’art somptueux en verre comme un arc de 1992 signé Libensky et Brychtova chez Clara Scremini Gallery, petite nouvelle sous la grande nef et prête à débourser mille euros le m2 “nu” de location pour une semaine. 

Soirée à risques

Aussi peut-on imaginer le mécontentement lorsque le tissu des murs plisse comme à la Galerie Meyer Océanic Art, contrainte de tout déménager, une fois les derniers visiteurs poussés vers la sortie, alors que chez Victor et Yves Gastou, on se détendait enfin, leur incroyable meuble musical en forme d’oeuf imaginé par le décorateur Pierre Tandier retentissant aux sons du vinyle Harvest de Neil Young. De quoi sans doute bercer Napoléon, qui était mis à l’honneur juste en face à travers la collection de Pierre Jean Chalençon, “l’empereur des collectionneurs” comme on le surnomme; un cube en velours marine pour voir l’anneau du sacre, les couverts ou encore le madras porté lors de l’exil de Bonaparte à Saint Hélène.

Quant à nous, on a failli repartir avec un groupe d’oies dont l’une d’entre elles-en plâtre mal fixée- nous est restée dans les mains; heureusement,  le galeriste a été très fair play. On s’est rapidement éloigné et désolé chers lecteurs, sans s’ attarder à demander le nom de l’artiste ni le prix…

Par Laetitia Monsacré

La Biennale de Paris, jusqu’au 16 septembre, au Grand Palais

Le plafond coloré imaginé par JC de Catelbajac

Chez Yves et Victor Gastou, un oeuf musical

Un magnifique torse d’Apollon datant du Ier siècle après JC  présenté 240 000 euros chez Cahn AG

Arcus, pâte de verre de Libensky et Brychtova chez Clara Scremini Gallery

 

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