9 octobre 2013
Karachi, la mauvaise fable de Sarkozy

L’attentat de Karachi, le financement occulte de la campagne de Balladur, la vente d’armes; rares sont les Français qui y ont compris quelque chose… Obtenir des valises de billets d’une milliardaire n’ayant plus toute sa tête, voilà qui était plus simple! Tout juste disculpé dans l’affaire Bettencourt, Nicolas Sarkozy a qualifié de “fable” les soupçons qui sont très vite apparus de rétrocommissions ayant servi à financer un Edouard Balladur sans ressource mais sûr de sa victoire contre Chirac. Rappel des faits: nous sommes en 1995, une campagne coûte cher; alors sur chaque contrat d’armement conclu par son gouvernement dans l’année précédant les élections, Edouard Balladur va prélever de quoi louer salles, payer avions et autres staffs qui font qu’une victoire ne se conçoit pas sans argent… Inspiré de l’ouvrage de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme Le contrat – Karachi, l’affaire que Sarkozy voudrait oublier, paru chez Stock, ce documentaire passionnant raconte avec pédagogie l’imbroglio politico-économique à l’origine de ce scandale d’État, affaire de gros sous au départ mais qui entraîna la mort de onze employés français dans un attentat au Pakistan sept ans plus tard. Tout le monde accuse avec hâte Al Qaida alors que très vite, on découvre que celui-ci a décidément bon dos et que c’est très vraisemblablement les services secrets pakistanais qui ont envoyé un signal très clair et sanglant à la France qui s’était arrêtée d’honorer les versements des commissions au Pakistan-on parle quand même de 350 millions d’euros…

Mensonges d’Etat

Bref, une rupture dans le “contrat” et un chantage que Chirac dénoncera mystérieusement lors de la cérémonie du retour des corps. Cela, il faudra pour le prouver tout le courage et la ténacité du juge Trévidic qui après les conclusions très arrangeantes du juge Bruguière et malgré l’entrave du Ministère de la défense de l’époque- rappelons que Sarkozy est président- va enfin mener une véritable enquête avec une humanité qui réjouira enfin les familles des victimes. Celles-ci témoignent de la chape de silence qu’on leur a imposée et des mensonges qu’elles devinaient. On n’était de toutes les façons plus à un près comme lorsque l’on apprend que les comptes de la campagne électorale seront par la suite traficotés par les rapporteurs à la demande même du Conseil constitutionnel afin de ne pas invalider l’élection de Jacques Chirac, lui aussi coupable de petits arrangements…Voilà qui ne rassurera personne en matière de probité des hommes politiques et de leur capacité à s’en sortir. Ils auraient tort de se gêner, non? Une chose est sûre: en acculant quasiment à la faillite l’UMP avec sa campagne perdue de 2012, Nicolas Sarkozy a prouvé dans la douleur que celle-ci avait sans doute été menée plus légalement que les autres. La leçon de cette fable aurait-elle servi?

AW

L’argent, le sang et la démocratie diffusé sur Arte le mardi 15 octobre à 20 heures 50

 

 

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