29 janvier 2016
Jacques Rivette, éloge de la discretion

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Avec Jacques Rivette, le spectateur n’ en prenait jamais pour moins de deux heures. Et ses acteurs, le privilège de n’avoir que quelques pages de synopsis pour s’adonner à l’improvisation avec ce réalisateur qui répétait à l’envi: “je ne sais pas”.  Godard, Chabrol, Truffaut, Rohmer, il fut le cinquième et le plus secret de cette nouvelle vague qui déferla sur le cinéma français dans les années 60, bousculant les codes et imposant leur vision et leur insolence. Laquelle ne fut pas toujours au goût des autorités à l’image d’André Malraux, rebaptisé  “ministre de la Kultur” par Jean-Luc Godard après la censure qu’il imposa au film de Rivette, La Religieuse, réalisé en 1966 avec Anna Karina dans le rôle principal, une nonne qui refuse de prononcer ses voeux. Sandrine Bonnaire fut par la suite sa Jeanne d’Arc, Emmanuel Béart, sa belle Noiseuse, rejoignant Bulle Ogier dans la “play list” de ce réalisateur qui était habité par l’esprit de troupe de théâtre. D’une érudition rare- il fut des années le rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, donnant l’impression d’être comme “blessé d’être né” tant il cultivait le repli sur lui-même et le secret, il fut d’une exigence et d’un cérébralité qui semble bien lointaine du paysage cinématographique d’aujourd’hui, laissant désormais Jean-Luc Godard seul survivant de ces réalisateurs qui furent avant tout des artistes.

AW

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