8 octobre 2014
Idiot !, crime et hurlement

Idiot! 1

Mégaphone, électro et terre battue. Le spectacle Idiot ! parce que nous aurions dû nous aimer, mis en scène par Vincent Macaigne au Théâtre de la ville est à la hauteur des attentes qu’il suscite.

Accueillis par les hourras des comédiens fêtant l’anniversaire de Nastasia Philippovna, l’héroïne du roman de Fiodor Dostoïevski, les spectateurs sont cueillis sur le vif dès le parvis du théâtre de la ville. L’inquiétude nait toutefois à mesure que l’on s’approche de la salle où gronde déjà une musique électro. Les boules Quies ont été distribuées auparavant. On découvre alors une salle en feu, les verres de bière circulent sur la scène, les hurlements fusent et les lasers découpent l’espace, le tout sous le regard d’un immense portrait du Christ.

La première partie du spectacle, mettant en scène l’arrivée de la figure naïve et ambiguë du fameux « idiot », se poursuit sur le même ton. Le dialogue entre les acteurs répartis dans le public, la violence des attaques et les monologues débités sur des tons mussolininiens donnent très vite le vertige. Particulièrement jeune et réactif-il vaut mieux…, le public est alors vite saisi par l’énergie et les innovations de cet Idiot ! décoiffant.

Une mise en scène explosive

La mise en scène de Vincent Macaigne est à l’image de son jeu d’acteur, excessive et brutale. C’est cette radicalité qui fait le sel de cette pièce, et qui crée également ses longueurs. L’enchaînement de monologues débités à tue-tête, en particulier dans la deuxième partie, fatigue à la longue. Le parallèle fait entre la disparition de cette classe d’aristocrates oisifs et la décrépitude de notre propre classe politique française est également un peu trop insistant.

Les comédiens se plongent cependant à corps perdu dans cette radicalité, et le désespoir de leur tirade n’en reste pas moins terrifiant. Mais c’est surtout les inventions de mise en scène que l’on retient de ce spectacle. Elles frappent particulièrement les sens, à l’image de cette matière déchargée sur la scène, alternant entre les pailletés d’or et la terre battue. Ces inventions accompagnent et parfois compensent une adaptation du texte brute et parfois manichéenne.

Cet Idiot fait souffler un vent nouveau sur la scène du Théâtre de la ville, scène qui mettra quelque temps à s’en remettre, au propre comme au figuré.

Par Florent Detroy

Idiot, jusqu’au 12 octobre 2014, à 19h30 au Théâtre de la ville, repris aux Amandiers de Nanterre du 4 au 14 novembre, à 19h30

 

 

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