25 août 2014
Hommage à Eva Ganizate à Saint-Benoît-du-Sault

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On se souvient de l’émoi suscité par la brutale disparition d’Eva Ganizate, fauchée par une voiture le jour de ses vingt-huit ans sur la route d’un brillant avenir. Soprano talentueuse et généreuse, Eva avait imaginé créer un festival à Saint-Benoît-du-Sault – considéré comme l’un des plus beaux villages de France – où elle avait fait ses premiers pas de chanteuse. C’est dans ce coin de Berry où elle repose que sa famille et ses amis ont voulu accomplir son désir. Cette première édition lui rend naturellement hommage et a convié celles et ceux avec qui elle avait chanté : la Chapelle Reine Elisabeth où elle était en résidence depuis septembre 2013 en ouverture le dimanche 17 août, la Guildhall de Londres, Pierre Espiaut et la Roulotte Opéra avec qui elle avait incarné Carmen, Maria João Pires avec l’un de ses étudiants, Nathanaël Gouin, l’ami d’Eva, et en clôture, l’Académie de l’Opéra Comique, qu’elle avait illuminé dans Ciboulette en incarnant la pétillante Zénobie.

Un résumé du parcours d’Eva

Jérôme Deschamps est d’ailleurs venu témoigner de son soutien à cette belle initiative, faisant d’une extrême douleur un magnifique don pour l’art et la culture. C’est ainsi un condensé de la première promotion de cette académie où avait évolué Eva qui se reforme dans la nef de Saint-Benoît : Cécile Achille, Magali Arnault Stanczak, Ronan Debois et Olivier Dejean, accompagnés au piano par Emmanuel Christien. Le programme s’appuie sur les pages qui ont jalonné la carrière d’Eva Ganizate, s’ouvrant sur le quatuor « C’est l’heure de la comédie » tiré des Saltimbanques de Louis Ganne, paraphrasé pour la circonstance. Olivier Dejean fait sonner l’aplomb du tambour major d’Ambroise Thomas – dans Le Caïd – avant la Leïla frémissante et mélancolique de Cécile Achille – Les Pêcheurs de perles de Bizet.
Ronan Dubois et Magali Arnault Stanczak rivalisent de bourdonnement et de drôlerie dans le duo de la mouche d’Orphée aux Enfers, tandis que le premier expose son talent narratif dans les couplets du roi de Béotie et la seconde n’a pas besoin de cabotinage inutile pour nous enivrer au rythme de son Olympia – Les Contes d’Hoffmann. Jouant avec finesse entre le naturel et la mécanique de la poupée, elle fait briller l’un des plus authentiques colorature de la génération montante. L’épopée Offenbach se referme avec Geneviève de Brabant et le duo des hommes d’armes par Ronan Debois et Olivier Déjean. Cécile Achille les rejoint dans le trio de Ciboulette mêlant Zénobie à Roger et Duparquet, lequel – Ronan Debois – entonne ensuite sa complainte « C’est tout ce qui me reste d’elle ». L’émotion palpite alors d’échos dans la Valse, tutti qui conclue la première partie du concert.

Souvenirs et émotion

Redécouvert pour beaucoup grâce à l’Ali-Baba de cette fin de saison salle Favart, Charles Lecocq a laissé une production abondante : Cécile Achille et Olivier Déjean en donne un aperçu avec le Grand duo et Boléro « Un soir Pérez le Capitaine » extrait du Cœur et la Main, vaste morceau tout à tour piquant et lyrique. Le baryton-basse français se délecte – et nous aussi – de la rancune de l’Egoutier condamné au marigot – La Botte de Claude Terrasse, autre compositeur aujourd’hui injustement méprisé –, avant de laisser ses trois comparses s’ébaudir dans l’irrésistible trio de l’enlèvement dans L’Etoile de Chabrier.
Retrouvant le Louis Ganne du début, tous se rassemblent pour entonner « C’est l’amour ». Magali Arnault Stanczak fait vibrer la vocalisante « Ombre légère » de Dinorah – Le Pardon de Ploêrmel de Meyerbeer. Vient alors Massenet et Manon : Olivier Déjean reprend l’air du père de Des Grieux, « Epouse quelque brave fille », précédant le finale, l’air du Cours la Reine et la Gavotte, avec lequel Eva avait gagné le concours de Toulouse l’an dernier, et qui s’était envolé le jour des funérailles à la fin de la cérémonie. Le souvenir noue les gorges. Ciboulette et sa Valse, repris en chœur comme l’avait proposé l’Opéra Comique lors des représentations en février 2013, reviennent en bis : la boucle est bouclée pour ainsi dire.
Faut-il préciser que, non contents de faire vivre leurs airs et un programme composé avec sensibilité et intelligence, mêlant découvertes et pages du répertoire, les solistes affirment une diction impeccable ? Que ceux qui la croyait morte se le disent : une certaine tradition française, celle de l’opéra comique, a trouvé une relève et se montre plus vivante que jamais, et l’héritage d’Eva aussi. Rendez-vous l’année prochaine pour la deuxième édition du festival Eva Ganizate.
Gilles Charlassier
Festival Eva Ganizate, du 17 au 23 août 2014

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs