30 septembre 2017
Haendel et Domingo à la Scala

Si le baroque n’est sans doute pas le cœur du répertoire de La Scala, l’institution milanaise ne l’oublie pas cependant, et la nouvelle production de Tamerlano confiée à Davide Livermore. S’il ne s’agit peut-être pas de l’ouvrage lyrique le plus joué de Haendel, dont on voit plus souvent Giulio Cesare ou Alcina, il réserve de très belles pages vocales, dans une intrigue, comme souvent dans le genre seria, passablement complexe. Ni actualisation, ni paresse illustrative, la lecture du metteur en scène italien, qui tire parti du centenaire de la révolution russe, emprunte son vestiaire et son contexte social et météorologique à cette tranche d’histoire et de géographie. Si l’on reconnaît dans les personnages de l’intrigue plus d’une transposition venue de l’entourage du dernier des Romanov, l’intérêt du spectacle réside d’abord dans la qualité plastique et presque cinématographique des tableaux que permet le procédé, en complicité avec Giò Forma, et les vidéos de Videomakers D-Wok, le tout rehaussé par les lumières d’Antonio Castro. Une rame de train, la neige, etc., tout cela forme une narration visuelle cohérente qui tient la gageure de rendre le drame assez aisément lisible.

Festin musical

Sur la scène, on compte parmi les gosiers les plus reconnus, toutes générations confondues oserait-on. Dans le rôle-titre, Bejun Mehta, qui l’a ailleurs plus d’une fois incarné, affirme un bel équilibre entre vitalité dramatique et justesse du style. L’autre contre-ténor, également star de la soirée, Franco Fagioli, déploie une virtuosité insolente, toujours au service de l’expressivité, pour mettre en avant la psychologie torturée d’Andronico. En Asteria, Maria Grazia Schiavo ne manque pas de sensibilité, quand Marianne Crebassa, jeune mais déjà fort accomplie mezzo, met la riche homogénéité de son timbre au service d’une Irene émouvante. Gloire des scènes lyriques, Placido Domingo continue de fouler les planches à plus de soixante-quinze ans, ayant troqué ces dernières années sa tessiture de ténor pour celle de baryton. Si le poids des ans peut parfois se faire sentir, son Bajazet n’en porte guère les stigmates en cette cinquième représentation, et respire le poids et la tristesse du patriarche déchu. Quant à Christian Senn, il compose un honnête Leone. Mêlant, sur instruments d’époque, les musiciens de l’Orchestre de la Scala et ceux de l’ensemble de Diego Fasolis I Barocchisti, la fosse ne confond jamais authenticité et diététique, et impulse une vigoureuse énergie à la partition, sous la houlette d’un chef qui ne bride jamais le théâtre au nom de quelque orthodoxie en fin de compte discutable.

Par Gilles Charlassier

Tamerlano, Teatro alla Scala, septembre 2017

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