16 avril 2019
Gilles Paris / Destins intranquilles

Il est beaucoup question de pertes dans La lumière est à moi, recueil de nouvelles de Gilles Paris. Et de tentatives de rester ensuite en vie, malgré tout. L’écriture, sensuelle et poétique revient sur les histoires de personnages dans l’adolescence ou encore dans l’enfance, souvent habités par les fantômes ou “qui marchent les yeux en l’air”. Ainsi Brune, partagée entre deux hommes, trois “simples miniatures” découvrant l’amour sous les pins parasols. La nature, souveraine et généreuse,  est un personnage à part entière dans chacune des dix-neuf nouvelles, invitant au voyage et à la rêverie. Le soleil, la mer, les champs de blés prennent vie au fil des histoires de ces hommes, femmes et enfants trop sensibles, comme blessés d’être nés. Alors, certains se vengent comme Rose, petite dernière de la fratrie qui,  “victime des pattes velues” du meilleur ami de son père, multiplie les actes de cruauté, tels des appels au secours qui restent muets. Les non-dits, voilà qui lient entre eux la plupart des personnages de Gilles Paris; ils ressentent, rêvent, embrassent, mentent ou s’étiolent, sans cris comme cette mère qui “se fane sous le silence”. Autant d’êtres irréels comme Eytan, cet oncle étrange et infidèle autour duquel “les femmes tournent autour comme le refrain entêtant d’une chanson”. Tous sont à leur manière au bord du précipice, tentant d’échapper à la chute comme Dingo, ce petit garçon qui a perdu sa mère et rappelle celui de Autobiographie d’une Courgette qui a montré avec quel talent Gilles Paris pouvait s’emparer des blessures de l’enfance, avec une légèreté feinte qui ne leur donne que plus de force. L’absence, la mort, face à elles, tous tentent de survivre, de s’en “arranger” ou de renaître. “Maman est morte et je n’ai du chagrin que pour les pétales de roses jaunes”. La poésie comme leçon de vie? C’est indéniablement le sentiment qui s’imprime à la lecture de ces nouvelles où l’écriture tend vers l’espoir, malgré tout. Et vers la lumière. 

LM

La Lumière est à moi de Gilles Paris, Gallimard, 19 euros

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