15 août 2014
Générosité sans frontières au festival de Prades

Prades 1

C’est l’un des plus anciens festivals de France, initié par Pablo Casals pour célébrer le bicentenaire de Bach à Prades où le violoncelliste catalan avait trouvé refuge après l’avènement du franquisme. Depuis plus de six décennies, l’incontournable rendez-vous de musique de chambre n’a cessé de se renouveler : non seulement les interprètes, avec en particulier une académie de perfectionnement pour les étudiants instrumentistes des conservatoires et écoles supérieures de France et d’ailleurs, mais également les lieux.

La musique sur les cimes de la spiritualité

Si l’église Saint-Pierre en constitue le fonds baptismal, le festival n’a pas tardé a essaimé dans la région, à l’instar de l’abbaye Saint-Martin du Canigou, promontoire isolé que nous avions déjà gravi l’année dernière et que nous retrouvons en ce lundi d’août pour, comme il se doit, un concert à consonance spirituelle. A l’image de la légendaire générosité de Saint-Martin, Mozart a su porter secours à ses amis en difficulté. Pour aider Michael Haydn, malade, à assumer une commande de six duos pour violon et alto, il n’a pas hésité à en composer deux, tout en laissant l’entière paternité du recueil à son confère. Empreint de fraîcheur et de simplicité, le K 424 en la majeur réserve un finale aux variations inspirées que mettent en valeur Federico Agostini et Bruno Pasquier. Mais c’est évidemment le Quintette pour clarinette et cordes en la majeur que Mozart avait écrit pour Anton Stadler, alors en difficultés financières, qui forme le cœur du concert. Se fondant au milieu d’un quatuor Talich chaleureux, Michel Lethiec exalte une expressivité subtile, dynamique et nuancée. Indéniablement, l’esprit de la musique a visité les cinq musiciens.

De Schubert à Mahler, correspondances secrètes

A vingt-et-une heure, on se retrouve à Saint-Michel de Cuxa, vaisseau des grands concerts, avec, à rebours des manuels d’histoire, un programme associant Schubert et Mahler – Gustav et Alma, dont on a trop souvent laissé les talents de compositrice à l’ombre de son génial époux. L’Adagio et rondo concertant pour cordes et piano en fa majeur donne le ton de la soirée : intimiste et inimitable comme Schubert sait l’être divinement, ainsi que les deux lieder, Der Wanderer et Der Wanderer an der Mond (Le promeneur et Le promeneur à la lune), le démontrent admirablement. Agnieszka Rehlis y affirme une présence rare dans le répertoire de chambre. Les rares traces de polonité s’estompent rapidement au fil d’une interprétation aussi précise quant au sens du texte que captivante dans l’émotion qu’elle dégage. Ces mêmes qualités magnifient les trois lieder d’Alma Mahler, donnés dans une version pour ensemble instrumental réalisée peu avant le festival, après la défection d’Henri Sigfridsson pour cause de maladie. L’octuor où se distinguent entre autres le cor d’André Cazalet, la clarinette d’Isaac Rodriguez ou la contrebasse de Jyrek Dybal, revient sur scène pour les Chants d’un compagnon errant de – Gustav – Mahler, dans une réduction sensible qui préserve les couleurs de l’original pour grand orchestre, après le Quatuor pour piano et cordes en la mineur, œuvre de jeunesse du compositeur austro-hongrois qui palpite d’un romantisme fervent sous les doigts de Peter Schuhmayer au violon, Herbert Kefer à l’alto, Othmar Müller au violoncelle et Natsuko Inoue au piano.
Ainsi qu’il l’avoue lui-même, Michel Lethiec, le directeur artistique du festival de Prades, a voulu se faire plaisir avec ce programme tissé de correspondances secrètes. Il peut se flatter de l’avoir partagé : on se saurait mieux rendre hommage à Pablo Casals.
Gilles Charlassier
Festival de Prades, du 26 juillet au 13 août 2014

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs