5 novembre 2014
François Roussillon, musicien de l’image

Portrait_Roussillon

Le 4 octobre dernier, François Roussillon n’était pas en “salle” mais opérait dans un camion régie, véritable tour de contrôle équipée d’une vingtaine d’écrans de contrôle pour saisir ce que quelques privilégiés pouvaient voir sur la scène de l’Opéra Garnier. Et que vous pourrez découvrir à votre tour ce 8 novembre sur France 3: les adieux de la directrice de la danse de l’Opéra de Paris, Brigitte Lefevre, après 20 ans de forts loyaux services, avec la diffusion du défilé du corps de ballet, malheureusement pas avant 22 heures 55… La danse, l’opéra dans un écran; devenu le spécialiste de ce que l’on appelle dans le jargon audiovisuel une “captation”, l’homme à la voix aussi mélodieuse que les partitions qu’il n’a de cesse de mettre “en boite” offre désormais au plus grand nombre, devant un poste de télévision ou au cinéma le bonheur des opéras et ballets donnés à travers le monde. Là, il est à Paris pour la danse, hier, il était à Amsterdam pour l’opéra avec la mise en scène par Laurent Pelly de l’Etoile de Chabrier. Autant d’occasion pour lui d’offrir du spectacle “vivant” au public, cela ” à domicile”- sans la toux du voisin ou la baby- sitter à payer. Rencontre dans ses bureaux situés dans le triangle audiovisuel de Paris où les DVD qu’il édite, souvent récompensés, confirment que de Glyndebourne à Bastille, il est bien l’homme de la situation.

Comment filme-t’on une soirée comme celle-ci, avec l’ensemble du ballet de l’Opéra de Paris ?

C’est une chose exceptionnelle car le défilé du ballet de l’Opéra de Paris n’a jamais été filmé: il y a près de 200 danseurs sur scène, alors les droits à l’image sont énormes, tous ceux que l’on voit à l’image étant rémunérés. La captation des ballets est par ailleurs faite sur plusieurs soirées, car c’est un exercice acrobatique pour les artistes qui doivent se montrer à leur meilleur; ils ont donc droit à plusieurs chances…

Qui finance une telle opération au vu de toute cette technique mobilisée pour une seule soirée et 15 minutes à l’antenne de France 3?

France Télévisions, mais également le CNC qui est un des piliers de cet exercice. C’est un système formidable que nous avons en France grâce à cet organisme public.

Et qui choisit que ce sera tel spectacle et pas un autre?

Le choix éditorial revient aux chaines hertziennes, avec une réflexion en amont de ce qui peut plaire à leur public. Il y a également désormais le double écran avec le web et toutes les captations qui sont reprises sur Culture box.

Quelque soit la qualité de la captation, il manque toutefois la vie, tout ce qui se passe autour d’une sortie…

Le spectacle vivant n’est pas fait pour la camera, les aristes ne chantent ou ne dansent pas pour elle. La difficulté de la chose, c’est en plus que le public n’est pas acteur et que l’on est tenu par le chrono, il faut aller très vite. Entrer tout de suite dans le vif du sujet. Ce que l’on va proposer à l’écran est autre chose que la soirée en elle-même. C’est une forme de choix, qui tient compte pour celui qui filme de son histoire avec l’ouvrage, avec un dialogue indispensable avec le metteur en scène. Je pense que c’est la moindre des choses de travailler avec eux en amont!

Comment la musique est-elle arrivée dans votre vie?

Ma famille est une famille de médecins où l’on jouait à quelques instruments, mais il y a avant tout mon amour pour le cinéma. Le déclic est arrivé très tôt; j’étais souvent à la Cinémathèque et j’ai été un beau jour saisi par Yvan le terrible de Sergueï Eisenstein. Cela m’a donné une direction et apporté une vraie révélation du lien entre l’image et la musique. Je suis très sensible à la capacité cinématographique des ouvrages musicaux, l’idéal étant bien sûr la danse.

Surtout sur grand écran comme dans les retransmissions dans les salles de cinéma, qui plus est en direct…

C’est vrai que grâce à Viva l’opera, on est allé au coeur des provinces dans des salles de cinéma qui sont la seule lucarne culturelle. Le retour a été incroyable, avec des événements qui ont été créés autour, et des échanges entre les spectateurs bien plus nourris qu’à l’Opéra où personne ne parle avec son voisin.

En ces temps où la qualité n’est pas forcement récompensée, il semble que vous vous débrouillez plutôt bien…

J’ai en effet la chance d’avoir une équipe formidable de douze personnes. Heureusement, car l’exercice n’est pas facile avec des choses que l’on arrive à faire et pas d’autres…

A voir l’offre de Culture Box, ou le nombre d’opéras diffusés certes tardivement mais de plus en plus en grand nombre sur les chaines hertziennes- la soirée du tricentenaire de l’Opéra comique sera ainsi captée le 13 novembre pour une diffusion sur Arte à la fin de l’année-il semblerait que François Roussillon ait bien réussi son pari de participer à sa façon à l’abolition des privilèges…

Par Laetitia Monsacré

 

 

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