23 juillet 2014
François Nowak, à l’assaut de la CGT Spectacle

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Mercredi 16 juillet, 17h30, Aurélie Filippetti vient de tenter d’entrer dans le Village du off du Festival d’Avignon. Accueillie par une poignée d’intermittents bien informés et partis en guerre contre l’accord national interprofessionnel signé entre les syndicats de salariés (CFDT, FO et CFTC) et patronaux (Medef) le 22 mars dernier, la Ministre de la culture a du retourner manu militari dans sa voiture de fonction sous les chants de “Résistance” repris en coeur. Une résistance qui n’est pas du goût de tous, à l’image de François Nowak, président du syndicat Samup, le syndicat des artistes interprètes et enseignants de la musique, de la danse et des arts dramatiques, qui regroupe 3700 adhérents. Chez lui, le message est tout autre; au coeur de la contestation en 2003, le Samup est désormais opposé à la CGT Spectacle qui mène la fronde contre l’accord. Explication de texte.

Quelle est la position de votre syndicat sur l’accord du 22 mars dernier ?

Nous sommes favorables à cet accord. Nous estimons qu’il est normal que les intermittents participent à l’effort économique. J’estime également que le mouvement contre cet accord est disproportionné, et qu’il est inadmissible que la CGT Spectacle (non signataire, et qui conteste entre autres l’allongement du temps de carence inscrit dans l’accord) pousse les intermittents à faire grève alors que ces trois mois d’été peuvent représenter un an de salaire pour certains intermittents.

Pourquoi alors la CGT spectacle et le CIP -Collectif des intermittents et précaires d’Avignon- ont-ils réussi à mobiliser contre l’accord du 22 mars ?

La CGT mobilise depuis début janvier  afin de créer les conditions d’un mouvement politique pendant l’été et revenir in fine sur les annexes 8 et 10. Mais le mouvement est en train de s’essouffler. Lors du deuxième appel à la grève le 12 juillet, seul 73 spectacles ont été annulés, sur 1180. D’ailleurs il suffit de sortir quelques chiffres pour contredire ce mouvement. En 2002, le nombre d’intermittents étaient de 103 000, et pesait 900 millions d’euros d’indemnités. Aujourd’hui 112 000 personnes appartiennent au régime intermittent, et ils pèsent 1323 millions d’euros. La mobilisation de 2003 a bien permis de sauver le système. On peut s’attendre à ce que le mouvement s’étiole gentiment, sauf s’il y a des actes de violence. La CGT commence d’ailleurs à paniquer, car elle se rend compte qu’elle a beaucoup à y perdre puisqu’elle est majoritaire.

L’allongement des jours de carences, principale mesure contestée, est-elle une réforme juste à votre avis ?

Cette réforme ne touche d’abord que près de la moitié des intermittents du spectacle, et principalement ceux qui touchent les salaires les plus importants. Cette réforme est donc plutôt juste. Ensuite, Manuel Valls s’est engagé à adoucir la réformes des franchises qui sont de facto différées, et à débloquer 90 millions d’euros. Je pense que ces fonds qui serviront la première année du nouvel accord vont permettre d’éteindre le mouvement, et seront reconduit une deuxième année si besoin. Je crois également au rôle de la nouvelle mission chargée des négociations avec les partenaires sociaux et les intermittents.

Votre syndicat estime-t’il que l’accord du 22 mars est parfait ?

Bien entendu que non, nous avons nos propres revendications. Par exemple depuis l’accord de 2003, le nombre de techniciens indemnisés, dépendant de l’annexe 8, a considérablement augmenté, alors que ceux concernés par l’annexe 10, les artistes, a baissé. Ce n’est pas normal, et nous en discutons lors des négociations. Nous proposons de revenir à 507 heures sur 12 mois plutôt que 10,5 aujourd’hui. On pourrait ainsi récupérer les 10 000-15 000 artistes que nous avons perdu.

par Florent Detroy

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