17 octobre 2018
Franck Riester, la TV après les livres

Vendredi dernier, Françoise Nyssen a pris son temps, tout sourire, pour discuter avec qui voulait bien dans le foyer de l’Opéra Comique où un cocktail suivait la première d’Orphée et Eurydice. On n’a pu s’empêcher de penser qu’elle aurait pu reprendre à son compte le célèbre « J’ai perdu mon Eurydice », en remplaçant la bien aimée descendue aux enfers par  » J’ai perdu mon Emmanuel »...Dans une double page bien informée parue dans le JDD datant du 29 septembre dernier, on était saisi par la charge qui était faite sur elle « contre son gré », avec cette idée que l’ancienne patronne des éditions Actes Sud-où elle retournera surement- était si « gentille » que le Président ne se voyait pas la renvoyer comme Fleur Pellerin avait pu l’être du temps de François Hollande.

Il y aura donc, comme le veut la tradition à la fin du mandat,  un cadre de plus dans le couloir de la rue de Valois, une belle photo noir et blanc de celle qui fut encensée à sa nomination, avant d’être très sérieusement remise en cause que ce soit juridiquement ou par sa gestion. Elle a cependant tenu à remercier en mettant la main sur son coeur le Président « pour lui donné la chance à 66 ans de découvrir un nouvel univers ». Franck Riester, cheveux gris à déjà 44 ans et au physique de moine trappiste, sera de fait un vrai ministre de la communication alors que Madame Nyssen n’était que celui de la culture. Le député de droite de la Seine-et-Marne a en effet été le rapporteur remarqué des projets de loi Hadopi 1 et 2 sur la propriété intellectuelle- lesquelles se sont révélées un fiasco- durant le mandat de Nicolas Sarkozy (dont il fut le porte parole adjoint). Il était alors le benjamin de l’Assemblée où il siégeait pour la première fois. En juillet dernier, il apostrophait Edouard Philippe ainsi: « Permettez-moi de vous suggérer de faire davantage confiance à celles et ceux qui pourraient améliorer ou amplifier la transformation. »Il semble que ce mardi 16 octobre, il ait été entendu et que la rue de Valois soit devenue ce jour bien « républicaine »- sic- après avoir été occupée par tous ces cultureux ou autres femmes qui lisent des livres. Franck Riester a pour sa part fait son coming out en 2011 et a été exclu des républicains par Laurent Wauquiez en 2017, sans doute le très droitiste patron de l’ancien UMP ne lui a-t’il pas pardonné d’avoir défendu quatre ans plus tôt le mariage pour tous et l’adoption pour les couples gay. Concernant l’audiovisuel public, son « dada », il a promis de faire dans la BBC avec zéro pub avec un bon plan de licenciement à la clé.

Voila en tous cas qui scelle la réussite d’un des membres de ceux que l’on a nommé « la bande du Bellota-Bellota », du nom d’un restaurant espagnol du 7 ème arrondissement où Edouard Philippe, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu  et Thierry Solère se retrouvaient régulièrement pendant le quinquennat de François Hollande; il fut ensuite le seul avec Edouard Philippe à ne pas monter dans le train d’En marche, ce qui n’a pas nuit comme chacun sait à son condisciple…Ce mercredi, il siégera à son premier conseil des ministres, abandonnant ses concessions Peugeot héritées de son père, à défaut d’avoir été l’héritier d’une maison d’édition comme sa prédécesseur. La culture va pouvoir sortir ses griffes!

Par Laetitia Monsacré

 

Articles similaires