23 mai 2014
Fin de saison vériste à Avignon

avignon cavalleria
Incontestablement méditerranéen, l’Opéra d’Avignon termine sa saison lyrique sous le signe de l’Italie humble et profonde avec le plus célèbre doublé vériste du répertoire, Cavalleria Rusticana de Mascagni et Pagliacci de Leoncavallo. L’un et l’autre drame s’articulent autour d’une incontournable histoire de jalousie du mari trompé qui finira dans le sang. C’est d’ailleurs cette similitude qui justifie généralement le rapprochement de deux œuvres en fin de compte assez différentes.
Avec l’opus de Mascagni, le spectateur est plongé dans le folklore rural d’une Sicile de carte postale, où l’honneur n’est pas un vain mot pour une histoire qui tient du fait divers : époux par dépit de Santuzza, Tiriddu est l’amant de Lola, laquelle lui était promise avant son départ pour l’armée, qu’il retrouve femme d’Alfio à son retour. A l’issue d’un duel entre les deux hommes, l’adultère sera puni. Sur fond de décor de village escarpé couleur sépia qui plonge l’action dans la carte postale italienne, sinon sicilienne,  Jean-Claude Auvray respecte la littéralité de l’histoire avec une simplicité convaincante – sans doute la seule posture valable pour rendre crédible ce pittoresque un peu désuet soutenu par une invention mélodique généreuse et pleine de sentiment. Côté chanteurs, Nino Surguladze incarne une Santuzza tourmentée qui contraste avec la fraîcheur que Virginie Verrez dégage en Lola insouciante. Svetlana Lifar affirme quant à elle une Mamma Lucia généreuse. L’Alfio de Seng Hyoun Ko impose une présence sommaire, tandis que Jean-Pierre Furlan n’a pas cru bon s’annoncer souffrant alors que son Tirridu pâtit d’une méforme sensible.

Entre carte postale et arène de cirque

On retrouve d’ailleurs le ténor français dans le rôle de Canio, chef de la troupe de clowns, saltimbanques itinérants de Pagliacci, et mari trompé par Nedda – volubile Brigitta Kele – au profit de Silvio, résonnant par le timbre nourri et méridional d’Armando Noguera. Mais à revers du livret, c’est Tonio le bossu – Seng Hyoun Ko méchant en force plus qu’en nuances – qui s’empare du prologue et des dernières paroles de l’époux après avoir tué sa femme et son amant : « la commedia è finita ». Sans doute faut-il y lire une volonté de souligner que le drame arrive à cause de Tonio, qui, rejeté par Nedda, se venge en dénonçant l’adultère auprès d’un mari à la jalousie maladive. Mais au milieu d’un cirque où s’envolent les lettres colorées du titre de l’ouvrage, la richesse du personnage de Canio, à la lisière de la vie et du théâtre, comme l’intensité de la conclusion en ressortent affaiblies. Leoncavallo aurait pu espérer meilleure tribune pour son chef-d’œuvre, plus subtil qu’il n’y paraît.
GC
Cavalleria Rusticana et Pagliacci, Opéra d’Avignon, mai 2014

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