9 août 2014
Feu d’artifice pour la clôture du festival de Menton

Magnifica Comunità©Christian Merle
Soixante-cinq ans, un âge vénérable. On ne mesure plus le chemin parcouru par le festival de Menton depuis qu’André Böröcz est tombé amoureux du parvis de la Basilique Saint-Michel. Et pourtant, pour son deuxième été, le talentueux et dynamique directeur artistique, Paul-Emmanuel Thomas, y fait souffler plus que jamais un vent de jeunesse, à l’exemple des concerts de 18 heures au Musée Cocteau.

L’intimité du piano au musée Cocteau

En ce dernier jour de l’édition 2014, Benjamin Grosvenor s’attelle au Bösendorfer qui trône au milieu du blanc immaculé pour un récital d’une intelligente sensibilité. Dès le Troisième Impromptu opus 90 de Schubert, la clarté de son jeu s’impose, avec des contrechants et un dessin rythmique à la main gauche d’une impeccable précision. Ce sens du détail ciselé se retrouve dans la Première Ballade de Chopin, à rebours de la fluidité à laquelle nous ont accoutumé les grands maîtres. Les trois pages de Mompou, compositeur catalan qu’Arcadi Volodos a contribué à remettre sur le devant de la scène – notre séjour mentonnais de l’année dernière en porte le témoignage –, constituent un beau tableau de musique descriptive. Le titre du recueil, Paisajes, est tout sauf anodin : La Fuente y la campana, El Lago et Carros de Galicia. On ne boudera pas les deux Contes de fée de Medtner – Skazki opus 14 n°2 et opus 51 n°3 –, où virtuosité et générosité mélodiques rivalisent d’éclat. Ravel et ses Valses nobles et sentimentales s’épanouissent dans une élégance feutrée avant la brillante Valse du Faust de Gounod revisitée par Liszt.

Simone Kermes en « barock star »

Mais le graal de tout séjour mentonnais reste l’incontournable parvis de la Basilique Saint-Michel, bercé par le murmure des vagues où se mire la lune montante et s’évanouissent les échos lointains de la ville. A lieu unique, clôture pas moins inégalable avec le concert de Simone Kermès, en robe pailletée. Indéniablement, la soprano allemande a le sens du spectacle et de la mise en scène, quand bien même ses déhanchés empruntent un peu trop au registre de la pop. C’est pourtant pour mieux faire revivre la gloire des castrats, dont elle fait revivre le côté le plus périssable et plus actuel : l’art du show de ceux qui à l’époque déchaînaient les passions à l’image des rocks stars d’aujourd’hui.
Accompagnée par La Magnifica Comunità, elle plonge les spectateurs au cœur des pyrotechnies du settecento italien. Non sans ménager des moments de grâce, à l’instar de l’air Alte Giove, tiré du Polifeme de Porpora, où le recueillement des notes rejoint celui de la lumière baignant Saint-Michel terrassant le dragon au frontispice de l’église : le miracle de Menton tient aussi à ces instants ineffables où la magie de la musique et des lieux se confondent. Marlène Dietrich, Edith Piaf, Farinelli avec le Lascia chio spianga de Haendel, la polyglotte Simone Kermès s’avère être un véritable caméléon auprès duquel on ne viendrait pas ergoter sur une puissance vocale presqu’aussi perfectible que la technique. L’artifice brille de mille feux, illuminant sans faiblir l’ultime soirée de ce soixante-cinquième festival de Menton.
Gilles Charlassier
Festival de Menton, du 1er au 14 août 2014

 

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs