1 septembre 2015
Feu d’artifice musical à Sinfonia

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Au cœur du Périgord, le festival Sinfonia met les oreilles au diapason des papilles depuis que Michel et David Théodoridès ont fait la pari d’inviter, il y a vingt-cinq ans, chaque dernière semaine d’août, la musique baroque, dans une terre où l’initiative a depuis fait des émules. Pour cette édition anniversaire, c’est à un panorama européen auquel on est conviés, et la journée du mercredi 26 août à l’abbaye de Chancelade en donne un remarquable condensé, ménageant par ailleurs une place de choix aux ensembles en résidence sur la frange atlantique, sinon en région Aquitaine.

Surprises sacrées

Installés à Bordeaux, Louis-Noël Bestion de Camboulas et Les Surprises proposent, pour le concert de l’après-midi, un recueil de pièces intitulé « Songes sacrés », de Charpentier, Clérambault ou de Brossard, où l’inspiration religieuse prend des allures presque théâtrales. Ce sens de l’expressivité du texte voisin du monde lyrique est ici mis en avant avec un naturel sensible et sans ostentation. L’intensité du Desolatione desolata est, tiré des Médiations pour le Carême, de l’auteur du célèbre Te Deum reviendra en bis, où l’on ne se lassera pas de la fluidité avec laquelle les voix se mêlent les unes aux autres – à cet aune, les trois solistes se complètent efficacement, du haute-contre Stephen Collardelle à la basse-taille charnue d’Etienne Bazola, en passant par le ténor Matthieu Chapuis à la diction attentive. Quant au Stabat Mater, il affirme un dépouillement intérieur et lumineux à mille lieux de la déploration dolosive d’un Pergolèse. En contrepoint de ces pages restituées avec la prononciation versaillaise reconstituée, du moins renonçant aux italianismes, le programme fait entendre des Tombeaux, sortes de prières funèbres profanes dédiées à des personnages célèbres. On y apprécie en particulier le velouté élégant de la viole de Juliette Guignard dans le Tombeau de M de Sainte-Colombe de Marin Marais (compositeur révélé au grand public par le film Tous les matins du monde), quand Les Sylvains de Couperin distillent la poésie décantée du théorbe d’Etienne Galletier.

Vivaldi en chaire

Le soir, l’Italie monte en chaire devant une foule au complet, avec de brillants concertos de Haendel et Vivaldi, sous la houlette des nantais Daniel Cuiller et Stradivaria auxquels se joint, hors de toute étroitesse orthodoxe, le violoncelle du Trio Wanderer, Raphaël Pidoux. Nul besoin de science pour se laisser porter par l’inventivité mélodique et coloriste du Prêtre roux, dont le Concerto pour violon opus 3 n°11 ou les deux Concertos pour violoncelle RV416 et RV424 fournissent un irrésistible exemple, tandis que le robuste Haendel ouvre le bal par le brillant Concerto grosso opus 6 n°1. En bis, le Largo du Concerto pour violoncelle en la mineur de Carl Philipp Emmanuel Bach conclut sur une touche intense et très pré-romantique. Evoquons encore les rendez-vous de 15 heures, libres d’accès, qui offrent une tribune à de jeunes musiciens, tout en faisant découvrir des trésors cachés du patrimoine, à l’image du bel artisanat du retable de la petite église de La Chapelle-Gonaguet…

 

Par Gilles Charlassier

Sinfonia en Périgord, du 24 au 29 août 2015 – Concerts du 26 août 2015

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs