2 novembre 2016
Festivals, encore et toujours

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Qu’il fut bon en cet été plutôt clément, après un printemps des plus pluvieux, d’être tête au vent- le mistral a pas mal soufflé dans le sud- pour écouter Puccini ou Haendel…Si Aix en Provence est devenu comme chaque mois de juillet la capitale française de l’opéra, les Chorégies d’ Orange n’ont ainsi pas été de reste cet été 2016, offrant une magnifique version de Madame Butterly. L’opéra de Puccini a été l’occasion de proposer sous le regard de l’empereur Auguste et sous l’archet de Mikko Franck une soirée magique avec dans le rôle titre l’albanaise Ermonelo Jaho qui a illuminé la scène par son jeu et sa voix semblant faite pour chanter Cio-Cio San. Une légère bise soulevait son kimono pour donner la réplique à son amour de Pinkerton qui la laissera tomber comme chacun sait pour retourner en Amérique. Puccini a écrit ici un rôle de petite poupée que la mise en scène de Nadine Duffaut a servi à merveille, tout en fragilité et référence à ces geishas condamnées à s’offrir aux hommes. Les décors, les costumes, tout était présent ces deux soirs-là pour associer poésie et japonisme à une lecture fidèle du livret, bien loin de celles de Christophe Honoré et de Krzysztof Warlikowski à une centaine de kilomètres de là.

Huées à Aix

Pour cette édition aixoise 2016, le premier avait en effet choisi de replacer le quatuor amoureux de Cosi fan Tutte en Érythrée, à la fin des années 30 dans cette petite « Rome », qu’avait souhaité en faire Mussolini; Fiordiligi et Ferrando y devinrent des soldats violentant les Africaines et Dorabella et Despina, deux jeunes femmes prisonnières d’un désir-roi sous fond de racisme. Une mise en scène du cinéaste huée malgré une partition parfaitement interprétée par Louis Langrée et la qualité du plateau vocal avec Sandrine Piau et Kate Lindsay, parfaites pour offrir néanmoins de ces belles soirées comme le Théâtre de l’Archevêché est seul à pouvoir offrir. Quant à la mise en scène de Warlikowski, elle était plus qu’attendue pour Le Triomphe du Temps et du déshonneur du Haendel avec la soprano Sabine Devielhe dans le rôle de la beauté, transformée en junkie.

Bonheur à Prades

Mais comme la saison des festivals ne se résume pas aux scènes d’opéra, les plus grands solistes d’aujourd’hui et de demain étaient aussi dans le sud ouest, comme à Prades, au pied de la Cerdagne, où le violoncelliste Pablo Casals, fuyant le franquisme, a trouvé refuge pour initier depuis quelques decennies ce qui est désormais devenu l’un des rendez-vous majeurs de la musique de chambre, et bien entendu, du violoncelle. C’est d’ailleurs à Edgar Moreau, l’une des étoiles de la nouvelle génération, que revint l’honneur d’ouvrir l’édition 2016, à l’abbaye Saint-Michel de Cuxa, livrant un concerto de Haydn éblouissant de virtuosité et de musicalité. A vingt-deux ans et déjà couronné par deux Victoires de la musique, le voilà qui se confirme ainsi comme une figure incontournable de la scène française.
Glissant de plusieurs centaines de kilomètres à l’est, le long de la Méditerranée, c’est à Menton que Paul-Emmanuel Thomas, jeune et talentueux directeur d’un festival également sexagénaire, aavit donné rendez-vous à Élisabeth Leonkakja, une des légendes vivantes du piano, qui fut l’élève et la complice de Richter, dans le cadre d’une programmation célébrant le génie russe, venu pour la première sur la côte azuréenne il y a exactement cinquante ans. Schubert,  Liszt et Tchaïkovski disent la profondeur d’une soliste qui peut enfin faire rayonner son art sur la place Saint-Michel – ses deux précédents concerts mentonnais ayant dû être reportés dans la basilique à cause des caprices pourtant rares cet été du ciel.
C’est enfin à Chancelade, aux abords de Périgueux, que Sinfonia a invité les amateurs de baroque à goûter la spiritualité lumineuse du répertoire germanique : Schütz, Buxtehude et Bach l’après-midi  avec la Chapelle Rhénane et Benoît Haller, tel un moment de rafraîchissante convivialité au milieu de la canicule, tandis que le soir Michel Laplénie et son ensemble Sagittarius entamaient une tournée des adieux avec le cycle Membra Jesu Christi de Buxtehude. Une fin de carrière en forme d’apothéose. Et un été qui passe, en attendant le prochain…

Par la rédaction

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs