20 décembre 2018
Faut-il avoir peur du peuple?

 

“Il faut que cela s’arrête”; évacuation des ronds-points imposé par le Ministre de l’Intérieur qui découvre après le tapis vert des tables de poker le jaune des laissés pour compte sortis enfin de leur silence, économistes dénonçant l’incurie des Gilets jaunes, analystes mettant en garde contre le péril brun qui s’annonce-Le RN est à 24 % d’intentions de vote aux Européeenes, commerçants se désolant pour leur chiffre d’affaires, politiques tergiversant sur le bien fondé du référendum d’initiative citoyenne, opportunistes comme Bernard Tapie qui, après avoir viré des milliers d’ouvriers en son temps, fait son grand retour en offrant les locaux de la Provence aux GJ, la semaine a été riche après l’Acte V de samedi dernier. Un dernier acte pensait-on au gouvernement, plus familier de Molière que des mineurs  de Zola, que nous avons suivi, non plus par procuration comme tant de Français sur les chaînes d’information continue comme BFMTV qui est devenue la seconde chaîne nationale depuis le début du mouvement des Gilets jaunes,  mais sur le terrain. Une matinée commencée par la quête d’essence pour le scooter, les métros et bus ne circulant plus nulle part au centre de Paris et les rares stations services encore présentes sur Paris étant fermées, comme celle des Invalides où cinq jours avant la journée “Portes fermées” des commissariats français, une policière en faction pour bloquer la rue de Grenelle et protéger Matignon, nous annonçait déjà: “Moi aussi je suis solidaire du mouvement, ça fait trente ans que je suis dans la police et depuis septembre, je suis à découvert tous les mois”, nous indiquant la station service ouverte de la rue Lecourbe où il fallait payer avant de se servir- une première pour moi en vingt ans- le caissier se plaignant qu’il y avait déjà eu trois voitures le matin-même parties sans payer.

Mobilisation générale, à qui le tour?

A quelques jours de la “féerie de Noël”-sic, l’argent manque, dans toutes les poches, et surtout celles de l’Etat. Les fonctionnaires se mobilisent, le corps hospitalier, sous payé et en sous effectif risque aussi de ruer dans les brancards avec mercredi l’annonce d’une grave bavure aux urgences de Lariboisière où une femme a été retrouvée morte au petit matin après douze heures passée à attendre sur une civière. Quant aux CRS, ils ont inventé le principe de “crotte fantôme” comme s’en amusait l’un d’eux devant le Palais de Justice de Paris où dix cars de CRS étaient postés pour une dizaine d’avocats en colère et en grève face à la reforme de la justice- une justice 2.0, avec des délais qui s’allongent. Deux jours après, c’étaient les greffiers, écoeurés par le non paiement de leurs heures sup et de leurs conditions de travail dans un immeuble réalisé par Renzo Piano qui a imaginé des salles d’audience où les greffiers sont dos au public et un lobby où l’on peut faire le grand saut comme ce pauvre migrant qui s’est jeté du 4ème étage sous les yeux effarés des personnes présentes. Un lustre en témoigne encore.

Des gilets jaunes, nassés comme des saumons

Mais revenons place de l’Opéra, samedi dernier. Casque de moto sur la tête, lunettes de ski pour se protéger des gaz lacrymo, nous étions une vingtaine de journalistes à entrer sur la place, transformée en place forte par les CRS: chars blindés, brigade équine- le cheval, comme le chien est insensible aux gaz lacrymo; les manifestants étaient debouts sur les marches du Palais Garnier, chantant la Marseillaise, scandant “Tous ensembles!” ou brandissant des pancartes “Macron dégage”, photoshopée par la chef d’édition du 19/20 de France 3-voilà qui va améliorer notre image, merci son rédac chef Yannick Letranchant!. Avec la technique de “nassage”, aucuns d’eux ne pouvait ni rentrer, ni sortir à part rue Pasquier; comme à un concert, “toute sortie était définitive”, ce qui empêchait quiconque de pouvoir aller subvenir aux besoins naturels ni prendre un café pour se réchauffer avec une fine neige qui tombait. Et gare à qui contestait, comme lorsque j’ai failli être placé en garde à vue pour avoir demandé à sortir pour aller aux toilettes, malgré ma carte de presse. Celle-ci, sésame pour passer tous les barrages est en effet devenue insuffisante pour certains CRS comme samedi dernier où une équipe de Sky News s’est vu refuser l’accès aux Champs Elysées, tout comme Isabelle,  photographe de Sipa, restée bloquée avenue Marceau. Elle y a de peu échappé au matraquage des Baqueux- les cow boy de la BAC, sinistres héritiers des voltigeurs de Charles Pasqua (l’étudiant Malik Oussequine était mort sous leurs coups en décembre 1986 dans le hall de l’immeuble où il s’était réfugié); autre siècle, même pratiques: on tape sur toutes les personnes isolées comme en témoignent les nombreuses vidéos mis en ligne sur le compte Twitter de David Dufresnoy @davduf, journaliste qui a choisi de s’engager pour dénoncer les bavures des forces de l’ordre- à ce jour 171 signalements à la Place Beauvau avec vidéos et photos à l’appui. 

Une brebis galeuse qui vise les têtes

Sur les Champs Elysées, un millier de Gilets jaunes d’après la préfecture constituait une foule essaimée-dès dix heures du matin, aucun gilet jaune ne pouvait plus y rentrer d’où les belles images “d’essoufflement” du mouvement sur BFMerde TV comme l’ont rebaptisé certains. Pacifiques, des jets réguliers de gaz lacrymogène, jetées au hasard comme par ce CRS planqué sur un balcon de l’immeuble HSBC- on reste en bonne compagnie CQFD- tandis que les Baqueux chargeant régulièrement avec des matraques métalliques s’efforçaient de “vider” l’avenue (dans la bousculade, j’ai perdu ma carte de presse- ramassée vraisemblablement par un Baqueux “j’en fais collection” et mon portable qu’un gilet jaune m’a très gentiment redonné). Fabien, victime d’une flashball reçue en pleine tête, tiré à bout portant ce qui est légalement interdit comme s’en insurgeait Eva, gilet jaune et accessoirement surveillante à la prison de Réaux (son prénom a été changé), était assis à terre. “C’est une policière avec une parka violette qui m’a visée”; à hauteur du devenu tristement célèbre Burger King où une femme s’est vue tabassée samedi dernier comme l’a montré Elise Lucet dans son Envoyé Spécial diffusé jeudi dernier, d’autres gilets jaunes dénonçaient: “Il y en une avec une parka violette qui vise les têtes”. L’ayant repérée, derrière des CRS rue de Berri, son flashball à la main, je l’ai photographiée et accompagnée d’une équipe de l’AFP, ai tenté de l’apostropher. J’ai transmis les photos à la Place Beauvau et sur @CCastaner, qui est toujours en poste, en dépit des centaines de bavures avec pour certains des mutilations comme cette étudiante en philo qui a perdu un oeil samedi dernier lors de sa première manifestation- “ça te donnera pas envie de recommencer” aurait pu dire le CRS qui s’amusait à chaque tir à s’esclaffer: “a voté”. Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant en attendant l’Acte VI, et l’anniversaire  de notre Président né il y a 41 ans un 21 décembre,  nuit la plus longue de l’année-sic, car comme le dit Desmond Tutu:  “Si tu es neutre en situation d’injustice, alors tu as choisi le côté de l’oppresseur”. Alors, bien sûr, on peut encore manifester en France et écrire ce que l’on veut, mais le prix devient dangereusement lourd à payer.

Par Laetitia Monsacré

Mieux vaut garder le sourire face au ridicule, à Sarajevo, la Presse était nu tête!

Boulevard des Capucines, on ne passe pas

Ni Rue du 4 septembre, les chevaux avec visière y veillent

Alors Place de l’Opéra, on se réchauffe comme on peut

La rue de la Paix est bien gardée, il ne faudrait pas que les joailliers ne puissent pas travailler, n’est ce pas Madame la Marquise?

En revanche, pour Vuitton sur les Champs Elysées, ce samedi sera férié

De l’immeuble HSBC, il pleut des grenades…

Quand ce n’est pas des flashball comme pour Fabien, qui a eu de la chance: son front a amorti

Le niqab revu et corrigé par cette baqueuse qui s’est vu repérée, visant selon plusieurs témoignages les têtes. AVIS DE RECHERCHE, Mr Castaner!

Lequel devrait s’abonner au fil tweeter de David Dufresne, journaliste et justicier au sens noble du terme

 

 

 

 

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs