11 novembre 2017
Fanny Ardant irradie à l’Athénée

On connaît Fanny Ardant, l’actrice à la voix chaude et à la présence inimitable, sur les planches comme au cinéma. Elle est aussi passée derrière la caméra récemment, avec un film sur Staline, où elle fait incarner le tyran soviétique par Gérard Depardieu. Elle relève de cette race d’artiste qui ne se satisfait jamais des fruits récoltés, et aime à se mesurer à de nouvelles aventures. La voici ainsi dans une production d’opéra, au Théâtre de l’Athénée.
Cassandra, de Michael Jarrell, ne relève pas cependant de la forme traditionnelle du théâtre lyrique. « Opéra parlé » pour comédienne et orchestre imaginé à partir d’un texte de Christa Wolf, où la prêtresse troyenne, à quelques heures de sa mort, se remémore sa vie, la pièce ne verra certes pas Fanny Ardant s’essayer à l’art du chant. Et pourtant, sa déclamation, hypnotisée par le destin et la mémoire de l’héroïne, dévoile avec une sensibilité unique la musicalité des mots, sur laquelle Michael Jarrell a composé une partition subtile. Relégués en hauteur et en fond de scène, les musiciens du Lemanic Modern Ensemble, sous la houlette de Jean Deroyer, restituent la délicatesse d’un tissu de notes qui, loin d’interférer avec le texte, les émotions et les souvenirs, les soutient comme le vent gonflant les voiles. Si, isolée, la musique pourrait sonner abstraite, voire aride, elle forme avec les mots une alchimie qui tient en haleine le spectateur, suspendu au funambulisme dramatique de l’interprète, jusqu’à la certitude de l’issue fatale, entre apaisement et mystère.
L’épure scénographique imaginée par Hervé Loichemol constitue un écrin idéal à cette forme resserrée, et à l’incarnation irradiante de Fanny Ardant, en mantille noire de veuve, en deuil de sa patrie vaincue. On ressort de ce monologue d’une heure à peine, avec la juste impression d’avoir veillé un moment essentiel de théâtre, à la racine commune du drame parlé et de la musique. Présenté à Genève et Avignon, avant d’arriver à Paris cet automne, le spectacle appartient à ceux dont il faut suivre la tournée.

Cassandra, Théâtre de l’Athénée, octobre 2017

GL

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