8 janvier 2014
Entre YSL et une anglaise anonyme, quelle belle semaine!

maxreefault

En sortant du YSL de Jalil Lespert, on songe à l’autre long métrage qui va sortir cette année sur le couturier, comme on n’aimerait pas être à leur place…Ce biopic qui commence en Algérie avec un jeune homme précieux, surprotégé par sa mère, dessinant déjà des silhouettes de femmes libres et le suit jusqu’à son célèbre défilé “Ballets russes”, sans doute sa plus belle collection en 1976, est une vraie réussite, en grande partie grâce à la prestation prodigieuse de Pierre Niney. Dès la première image, l’évidence est là: il est Yves- encore Mathieu- Saint Laurent; la même gaucherie timide qui s’accompagne pourtant d’une grande assurance, le cocktail est parfaitement rendu. Diagnostiqué maniaco-dépressif, « je dessine pour ne plus entendre les cris, le silence. Il faut tenir, tenir jusqu’à ce que ça s’arrête », viré par la maison Dior, le film montre comment la rencontre avec Pierre Bergé- Guillaume Gallienne, impeccable- lui permettra cette ascension fulgurante où le talent ne pouvait suffire. Le réalisateur n’a rien gommé, montrant l’homosexualité sans paravent, la drogue, l’alcool aussi et ces années 70 où tout était permis. C’est également l’occasion de revoir les sublimes robes du couturier, les mannequins à la beauté classique comme Victoire- parfaite Charlotte LeBon ou plus moderne avec Betty Catroux, et toute cette époque où le beau semblait prédominer. Vous en prendrez plein les yeux !

Enfant volé, vie brisée

Côté émotion , en revanche, à part le final porté par la voix sublime de la Callas dans Tosca, préférez largement le dernier film de Stephen Frears, Philomena qui aurait dû repartir avec un Lion de la Mostra de Venise. Dans une sélection plutôt sinistre, ce film était en effet le petit bijou qui se détache, à la fois drôle et grave, servi par un tandem d’une justesse rare, Judi Dench et Steve Coogan. Le second, habitué au registre humoristique, co-scénariste du film, défend avec bonheur ce journaliste désabusé et cynique, pas toujours très agréable, qui va s’humaniser au contact de cette vieille dame, victime de l’Eglise irlandaise dans sa jeunesse. Fille mère, prisonnière d’une institution religieuse, on lui volera son enfant sans jamais vouloir l’aider par la suite à le retrouver. Profondément anti clérical, le film revient sur les heures sombres de l’Eglise anglicane mais également sur la chape de silence qui continue aujourd’hui encore à peser sur ses exactions. Le talent de Stephen Frears est de permettre avec ses personnages à quiconque de s’identifier, avec au passage une analyse sans complaisance du journalisme aujourd’hui, et d’émouvoir avec intelligence pour un film qui resonnera en vous encore longtemps après être sorti de la salle. Alors n’hésitez pas, c’est devenu si rare…

AW

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