19 novembre 2013
Elektra triomphante à la Bastille


Meurtres et sang sont monnaie courante à l’opéra, mais l’Elektra de Richard Strauss est sans doute l’un de ceux qui vont le plus loin dans l’expression musicale de la violence. Plutôt que le trash, Robert Carsen a préféré un huis clos esthétisant pour le drame de la cour de Mycènes que Hofmannsthal a puisé chez Sophocle – avec son amant Egisthe, Clytemnestre a assassiné son mari, le roi Agamemnon, et la fille veut venger son père. Le cercle des servantes autour de l’héroïne frappe autant par sa puissance rituelle que sa beauté plastique, et dans cet univers tout en noir, seuls la reine et son nouvel époux jurent en blanc, celui de l’inquiétude et des nuits sans sommeil. On retrouve bien entendu la virtuosité du metteur en scène canadien dans le maniement des ombres et des éclairages.
La tragédie des Atrides en ressort limpide, peut-être un peu trop, à l’image de la direction très précise de Philippe Jordan. Cette Elektra-là sonne plus civilisée que barbare, quand on attendrait un frisson d’horreur face aux puissances déchaînées par le compositeur. Mais on ne se plaindra pas face au luxe d’un Orchestre de l’Opéra en grande forme – qui salue d’ailleurs debout le chef à la fin de la représentation. Cette modération a au moins l’avantage de soutenir les chanteurs  – et lesquels ! Entre la légendaire Waltraud Meier qui endosse la robe de Clytemnestre, Ricarda Merbeth et Irene Theorin, formats wagnériens pour Chrysothémis et Electre, ou le puissant Evgeny Nikitin en Oreste, le fils maudit (comme son Vaisseau Fantôme annulé à Bayreuth à cause de ses tatouages nazis), les amateurs de grandes voix sont servis.
Certes, on pourrait discuter en connaisseurs certains détails de la soirée, mais pourquoi gâter le légitime enthousiasme du public pour un spectacle léché, idéal pour le répertoire d’un grand vaisseau comme l’Opéra Bastille.
GL

Elektra, Opéra Bastille, jusqu’au 1er décembre 2013

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