1 avril 2018

Cette année, Tessa en avait un. Un Valentin. Tout beau, avec un zeste d’exotisme, se lavant bien les dents, arborant la même Rolex en argent que celle qu’elle portait à ses vingt ans. Le prénom, un peu ridicule pour d’aucuns, la faisait penser à Michel Serrault et à sa rencontre fortuite dans sa jeunesse avec le grand acteur au détour d’un pâté de maison Neuilléen, une histoire de chiens déjà. Cet homme-là, elle l’avait rencontré aussi dans la rue, à la faveur du hasard. Out of the blue disent les américains. Une chance à saisir parmi tant d’autres dans un quotidien qui vous les offre en bouquet à condition de savoir saisir les tiges des fleurs. Sur la table basse, les dernières qu’il lui avaient offertes s’étiolaient. Tessa les saisit et les mis à la poubelle. Le matin même des jonquilles avaient fini dans un trou avec le lapin de son fils, mort de soif. Et Valentin avait dégagé. Viré comme une merde, de celle dans lesquelles on marche par distraction. De la distraction, oui, c’était bien par elle qu’elle avait cédé aux sirènes pour ouvrir sa porte et son lit à cet homme. Il faut bien que les corps exultent chantait Brel. Sauf que là aussi, l’affaire avait tourné court. Il n’était pas dans sa tête- ignorant au point de croire savoir tout- mais pas non plus dans sa peau. Habitué aux gâteries qu’offrent aux hommes les horizontales comme on les appelait au début du siècle dernier, ce Valentin-là n’avait rien à  offrir, à part son corps musclé et son sexe en panne. Le Viagra fêtait ses 20 ans mais pour Tessa, c’était le jeun avant Pâques. Jamais un compliment, jamais une attention, jamais un geste tendre, il fallait tout lui prendre, tout lui donner; supporter sa surdité, ses siestes et ses tentatives de la rendre jalouse. Car le Valentin réclamait du pouvoir. De celui des Don Juan de Prisunic qui veulent soumettre les femmes en leur faisant croire que toutes les autres aimeraient être à leur place. La chose était puérile mais ô combien logique venant d’un petit garçon que sa mère avait abandonné.

Au fil des jours, le vide entre eux n’avait cesser de se creuser, sans même qu’il ne s’en aperçoive. Ni acteur, ni observateur, son regard était ailleurs comme ce samedi soir où elle lui avait montré son film préféré, Revolutionnary road. Un couple qui se délite, une femme qui s’éloigne irrémédiablement de son mari sans que lui non plus ne s’en rende compte. Un feu craquait dans la cheminée; Tessa fixait son amant sans que celui-ci ne le réalise, tout à lui-même. Et à personne d’autre. C’est à ce moment précis qu’elle avait su que c’était fini; que le jour où elle l’avait rencontré, elle s’était trompée d’histoire, “qu’elle s’était gourée de trottoir” comme elle lui avait fait un soir écouter le chanter Renaud, songeant à ce moment là à son ancienne histoire à lui; et réalisant aujourd’hui, qu’en fait, il s’agissait de la sienne.

Il ne s’était rendu compte de rien, enfin si, il avait alors raconté qu’il allait la quitter. Le pouvoir, on y revenait. Un jeu de dupes comme au poker. Assise dans le grand salon près de la mer, Tessa souriait. Avec elle, il n’avait jamais eu une bonne main. Elle regarda la table; demain, elle irait s’acheter des fleurs, savourant sa liberté retrouvée, étonnée que cette séparation n’ai pas même laissé une petite rayure dans son coeur. Décidément, elle vieillissait.

Par April Wheeler. 

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