12 septembre 2013
D’un Festival, l’autre

Créé pour allonger la saison touristique des traditionnelles vacances scolaires, le Festival du film américain de Deauville est en concurrence directe dans l’agenda du professionnel du cinéma avec La Mostra de Venise et le Festival de Toronto qui débute le 5 septembre. A part avoir le don d’ubiquité, il faut donc choisir entre les parasols multicolores de la station balnéaire normande, les élégantes tentes de la plage du Lido ou le marché incontournable qu’est devenu Toronto. Comme son nom l’indique, on voit à Deauville, la première semaine de septembre, exclusivement des films venus d’Outre Atlantique, imaginé selon André Halimi, un de ses fondateurs, absent de la dernière édition, par peur de prendre l’avion, “alors j’ai fait venir à moi les films que je ne pouvais aller voir…” Une vraie aubaine en tous les cas pour le groupe Lucien Barrière qui voit ainsi ses deux hôtels phare-le Normandy et le Royal, au total plus de 500 chambres dont la moitié sont réserves pendant le festival aux clients payants, se remplir à l’heure où les vacanciers sont rentrés travailler pour des tarifs autour de 500 euros la nuit en week-end. Autant dire qu’en cette période de crise, la rentabilité est désormais de mise ce qui a valu cette année à de nombreux journalistes, toutefois encore logés et blanchis à l’oeil- vive l’intégrité de la presse française- de se retrouver à l’hôtel du Golf, très excentré, et cela pour de moins en moins de nuits. “Combien tu vaux?” La question est ici plus que jamais d’actualité avec des médias étrangers ou trop “cinéma” cette année particulièrement mal traités-privés de dîner de gala ou d’invitations aux projections du soir quand ils ne sont pas carrément interdits d’accréditation comme Le Petit journal de Yann Barthès s’en est amusé toute la semaine dernière. Organisé par le Public System, société spécialisée dans les relations publiques avec comme grand mamitou du festival, son directeur, le très lunatique Bruno Barde, le journaliste est avant tout invité ici à faire du publireportage ce que la plupart font sans ciller, édition après édition.

Notables ou professionnels

Du moment qu’il y a de la star comme cette année-par ailleurs ne tarissant pas de louanges sur l’organisation…, pourquoi bouder son entrain? En reprenant les films donnés à Cannes, Ma vie avec Liberace, All is lost ou le dernier Woody Allen quelques jours avant sa sortie,  on ne peut pas dire que la sélection ne marque les cinéphiles ces dernières années, avec, il est vrai, deux badauds sur trois interrogés sur les planches qui ignorent qu’il y a quelques mètres de là un festival…Pour un film qui sort du lot-les excellents The Messenger ou Le Visiteur en 2008 et 2009, combien de petits films américains qui ne laisseront aucune trace sont ici donnés pour un festivalier qui, à 130 euros le pass pour une semaine, n’a même pas accès aux projections du soir dans le CID-la grande salle du centre des Congrès construite sous Anne d’Ornano. celles-ci sont en effet accessibles uniquement sur invitation et réservées par conséquent aux notables deauvillais en échange de leur allégeance tout au long de l’année; privés de salle ou obligés de faire la queue deux heures avant pour avoir la chance de voir les gros films comme Blue Jasmine. Voilà qui ne risque pas d’arriver à Venise où la journaliste de la ZDF ouvrait de grands yeux, à la soirée très chic donnée par les lunettes Persol sur la Terrazza Mediterranea, à l’écoute de mon récit  sur les petits arrangements entre médias et le festival normand. L’accréditation est ici sur dossier visé par un comité, payante-60 euros-tout comme le programme. En échange de quoi, il y a ici de vraies conférences de presse avec traduction simultanée en une dizaine de langues, une salle de presse impressionnante avec des ordinateurs à disposition et une solide programmation qui attire aussi bien Georges Clooney qu’Andrezj Wajda, Stephen Frears, William Friedkin, Ettore Scola, Amos Gitaï ou le chinois Ming-Liang que le journaliste peut voir dans de très confortables salle à condition de bien savoir lire l’anglais- les films étant sous-titrés uniquement dans la langue de Shakespeare. Reste que, victime lui aussi de la concurrence de Toronto, les derniers jours ont eu à souffrir d’une désertification des professionnels tous envolés vers le Canada, avec pour les programmateurs la tentation de mettre les meilleurs films la première semaine…La preuve qu’il n’existe pas de meilleur des mondes même si, au Lido, les plats servis en terrasse du chiquissime hôtel Excelsior sont autrement plus gouteux et pas plus chers que la cuisine limite cantine du Bar du soleil ou de la mer, propriété également du groupe Lucien Barrière-22 euros le tartare- et qu’après le plaisir d’arriver en bateau voir un film, le seul bruit que l’on entend au Lido est celui des Maserati, partenaire officiel de la Mostra. Il colmo dell’eleganza….

LM

Vue de la Terrasse de l’Excelsior…

A moins de préférer une de ses tentes sur la plage

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