27 février 2016
Du Lincoln Center à Carnegie hall

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A quelques pas de la salle aux foyers décorés par Chagall et éclairés par Svarowski, le Lincoln Center fait honneur au répertoire symphonique, dans le David Geffen Hall, un riche mécène qui a voulu laissé son nom en échange de sa généreuse contribution à ce lieu qui accueille le New York Philharmonic. En cette fin de semaine, le programme dirigé par l’une plus intéressantes baguettes de la nouvelle génération, Juraj Valcuha, dont on avait admiré la Jenufa à Bologne en avril dernier, diffuse un évident parfum slave, sinon magyar. Les Danses de Galanta de Kodaly résument la vitalité rythmique de l’Europe centrale que le brillant de la phalange américaine n’émousse point. Au clavier pour le Second Concerto pour piano de Liszt, Yefim Bronfman exalte une virtuosité aérienne, qui se déjoue des pièges de la partition, et rivalise, sans besoin de rodomontade, avec les tutti de l’orchestre dans une lecture sensible à l’inspiration cyclique de la pièce. Après l’entracte, c’est le plus rare Vodnik (L’Esprit des eaux, que l’on retrouve dans Russalka) de Dvorak que le chef slovaque fait découvrir au public new yorkais, avec un sens de l’évocation qui ne se caricature pas dans le pittoresque. La soirée s’achève sur la Valse de Ravel, rutilante de graves – bassons et contrebassons !  – mais peut être un peu sèche dans l’apothéose finale.

Liszt à Carnegie Hall

Mais un séjour à Manhattan ne saurait oublier Carnegie Hall, et son grand auditorium, l’ Isaac Stern Hall, en mémoire du grand violoniste qui prit la défense du légendaire bâtiment de briques rouges sur la 57ème rue, à la merci des promoteurs immobiliers – autres temps, même mœurs. Escale incontournable pour les orchestres en tournée, elle affiche ce jeudi 18 février le Budapest Festival Orchestra et son directeur artistique, Ivan Fischer. Dès l’Ouverture du Freischütz de Weber, on sent le caractère sanguin de musiciens qui ne s’effraient pas de la puissance sonore d’un romantisme aux brides relâchées. Le Premier Concerto pour piano de Liszt ne le démentira pas, et la fluidité étourdissante du jeu de Marc-André Hamelin ne se laissera pas intimider par la démonstration de vigueur des pupitres hongrois. D’une facture dense, sinon compacte parfois, la fascinante Cinquième Symphonie de Prokofiev s’accommode de cette énergie insolente, quand bien même on pourrait goûter davantage la précision des articulations d’une partition au métronome jubilatoire – le scherzo Allegro marcato en livre le plus remarquable exemple. En guise de bis, une harmonisation chorale de chants orthodoxes vient confirmer que le talent des interprètes n’a pas laissé la voix en chemin.

Adam Gyorgy, un pianiste philanthrope

En guise de parenthèse dominicale, la même vaste salle d’albâtre accueille sur son podium épuré la piano d’Adam Gyorgy, soliste trentenaire qui a gagné les trompettes de la renommée en jouant pour l’ouverture de l’Euro de football en 2012 à Varsovie. Il n’en a pas négligé pour autant la pédagogie et la générosité, par l’intermédiaire d’une fondation qui encourage autant les étudiants les plus prometteurs autant que les enfants défavorisés. Cet authentique ambassadeur de l’art musical ouvre son récital d’une heure trente par une composition que lui a inspiré la Grosse Pomme, A Day in New York. Au fil d’une vingtaine de minutes, l’auditeur est invité à une déambulation poétique et pianistique,  aux teintes rêveuses vaguement jazzy et à l’allure presque improvisatrice. Sa maîtrise de l’instrument éclate dans une Sonate en si de Liszt où l’énergie se conjugue à une intelligence intime de la construction de l’œuvre. Sans effets démonstratifs, la délicatesse de la musicalité s’exprime dans les plages extatiques. L’étendue des moyens ne fait aucun doute dans la Paraphrase de Rigoletto, ni dans les tintinnabulements de La Campanella, avant la Seconde Rhapsodie Hongroise, qui achève de mettre d’accord sur une personnalité attachante. C’est sous l’enseigne du grand Franz que l’on se quitte, avec la Marche nuptiale, paraphrase sur le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, avant un Over the rainbow tout indiqué au pays de la comédie musicale.

Par Gilles Charlassier

Carnegie Hall – 18 et 21 février 2016, New York Philharmonic – 20 février 2016

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs