21 novembre 2015
Douce France, après?

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L’indécente surenchère à laquelle se sont livrés mardi, lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, les députés de droite les yeux rivés sur les prochaines échéances électorales  livre un écoeurant témoignage de la récupération ambiante, que d’aucuns ont esquivé en proposant qu’elle ne soit plus retransmise à la télévision. A plus de 5000 euros par mois et avantages de fonction, la dignité n’est vraisemblablement pas incluse dans le package…

Nos chers élus ont toutefois eu droit à une session de rattrapage le lendemain. Mais l’addiction législative de nos gouvernements a encore frappé avec des restrictions au nom de la sécurité, où les prérogatives administratives prennent le pas sur l’état de droit, où le policier grignote le terrain du judiciaire, afin de répondre au réflexe – compréhensible – de protection. Les formulations parfois vagues dans l’expression de la loi, comme avec celles du renseignement au début de l’année,  ne présagent rien de bon, à l’exemple de l’alinéa concernant les individus susceptibles de présenter un risque grave pour l’ordre public et la sûreté de la nation. On sait déjà par le passé combien ces notions à géométrie plus que variable sont le terreau de futurs Guantanamo.

Les prisons françaises, pouponnière de Daesh

Et en fin de compte, toute cette agitation n’accouchera que de mesures non seulement redondantes par rapport à un arsenal que l’on serait plus avisé d’exploiter à son intelligence optimale, mais également incapables d’assécher le problème et qui gêneront sans doute davantage l’homme ordinaire que des terroristes toujours plus habiles à contourner les obstacles. Et elle dit si peu sur les prisons, creuset de radicalisation que la politique pénitentiaire de Christiane Taubira a voulu – maladroitement – affronter en cherchant des alternatives à la détention pour que les auteurs de délits mineurs ne finissent pas en criminels majeurs. Si peu également sur le trafic d’armes, que la France encourage de fait en se plaçant au premier rang dans cette industrie très lucrative : il faut bien vendre la production des Dassault et consorts, dont le journal organe,  le Figaro a efficacement organisé la Une au lendemain des bombardements en Syrie, dont on sait l’efficacité minimale. Et que dit-elle sur les arrangements clientélistes locaux dans les banlieues ghettoïsées que l’on s’arrange à maintenir telles sous couvert d’un paternalisme infantilisant. Et encore moins sur les alliances morbides que l’Occident a noué depuis des décennies avec les suppôts du wahhabisme, salafisme et autres soutiens du djihadisme : on est même allé pleurer la mort du roi d’Arabie Saoudite, quand le Qatar est désormais devenue une pieuvre avec bureaux place de l’Etoile, club de foot et palaces parisiens pour avancer ses intérêts pas uniquement économiques.

Les pétrodollars sont sans doute un excellent lubrifiant pour la sodomisation des droits de l’homme – et de la femme-rappelons que celle-ci n’a pas le droit de vote en Arabie Saoudite. Pratique vraisemblablement on ne peut plus hallal, et d’ailleurs inscrite dans la charia. Là-dessus rien de nouveau, quand on se rappelle le jeu dangereux que les puissances occidentales jouent depuis plus d’une guerre avec les islamistes pour se débarrasser d’un ennemi intérieur ou voisin – la Turquie et les Kurdes, les Américains face aux Soviétiques en Afghanistan, Israël et le Hamas : la comédie avec le sanguinaire El-Assad n’est qu’un épisode de plus. Alors, faudra-t-il se résoudre au verdict du président américain Benjamin Franklin : « Ceux qui sont disposés à abandonner une liberté fondamentale pour obtenir un peu plus de sécurité ne méritent ni l’un ni l’autre » ?

Par Gilles Charlassier

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs