26 mai 2014
Don Quichotte se perd à la station Trocadéro

Don Quichotte_Chaillot 4

A cheval dans le métro, Patrice Thibaud coiffé d’une montera et accompagné d’une troupe de danseurs hip hop regarde défiler avec étonnement les trames du métro parisien. Cette vidéo projetée lors du spectacle Don Quichotte du Trocadéro, actuellement joué au théâtre de Chaillot jusqu’au 30 mai, exprime le défi que s’est lancé son créateur José Montalvo : monter un spectacle où tradition et modernité danseraient ensemble.

Pendant une heure et demie, les “headspin” et les “downrock” vont se mêler aux entrechats et aux grands jetés classiques que la troupe de danseurs a appris au contact de l’ex- danseuse étoile Carole Arbo. La tension qui innerve habituellement le breakdance se retrouve alors dans les mouvements classiques inspirés du célèbre ballet Don Quichotte de Marius Petipa. Patrice Thibaud orchestre l’ensemble, s’inspirant de la folie douce du héros de Cervantès;  disputes avec Rossinante, monstres imaginaires ou encore devenant chef d’orchestre de basse-cour. Par son talent de mime et sa balourdise savamment mis en scène, il apporte au spectacle la dérision qui imprègne tout le roman de Cervantès.

Lost in Chaillot

L’emprunt au roman de Cervantes s’arrête là. Si Patrice Thibaud s’attaque bien aux moulins à vent, sa mine réjouie de bouffon nous empêche de le confondre avec un chevalier à la triste figure. José Montalvo veut moins dénoncer les certitudes apprises et les illusions modernes de nos sociétés que célébrer le monde d’aujourd’hui, hybride et métissé. Celui du métro parisien.

Lost in the subway aurait pu être le titre de ce spectacle, avec quelques images empruntées au documentaire Lost in la Mancha de Terry Gilliam, documentaire que fit le réalisateur sur son impossibilité à venir à bout de son film Don Quichotte. Malheureusement l’errance de ces personnages dans les couloirs du métro s’essouffle vite, faute de fil narratif structurant le spectacle. Les amours contrariés de Quiterie et de Basile, au centre du ballet de Petipa, apparaissent furtivement, mais laissent rapidement la place à une nouvelle démonstration de performances physiques et d’humour potache. Et le projet ambitieux de José Montalvo de « métissage » reste au final une simple juxtaposition de break danse et d’entrechats.

par Florent Detroy

Don Quichotte du Trocadéro de José Montalvo, au Théâtre de Chaillot jusqu’au 30 mai 2014

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