13 novembre 2018
Dix pour cent, 9,99 %

Oh comme on avait été emballé par cette série imaginée en 2015 par Dominique Besnehard lors de sa première et seconde saison où Julie Gayet, Isabelle Adjani, Joey Starr ou Cécile de France s’étaient prêtés à l’autodérision pour faire découvrir les coulisses des agences artistiques. Elizabeth Tanneur, agent de puis 30 ans et patronne de Time Art (Nathalie Baye, Sophie Marceau, Charlotte Rampling, Pierre Richard, Patrick Bruel), jeune et très puissante agence en dissidence avec les historiques VMA et Artmédia créé par Bertrand de Labbey avait inspiré le rôle pas vraiment de composition d’Andréa, jouée par Camille Cottin, agent aussi odieuse qu’efficace, prête à tout pour réussir dans ce milieu sans foi ni loi. Un scénario en béton, du people, des dialogues parcutants, le public ne s’y étaient pas trompé: quatre millions de spectateurs en moyenne pour la première saison, trois pour la seconde, un net recul qui devrait se confirmer avec cette troisième saison de six épisodes diffusés à partir de ce mercredi 14 novembre. Il y bien sûr des stars encore comme Isabelle Huppert, tiraillée entre filmer un blockboster américain ou jouer une pièce de théatre à la Vitez, Jean Dujardin en poilu ayant viré Jeremiah Johnson qui n’arrive pas à sortir de son personnage-“tu devrais prendre une douche et te frotter avec la face verte de l’éponge” lui enjoigne Andréa qui l’a engagé sur un rôle de banquier à la Défense ou Monica Bellucci en mal de mâle- “l’hiver approche, j’ai besoin de me réchauffer” tandis que l’équipe menée par Hicham- un Xavier Niel pur produit de la diversité- continuent à manier des dialogues décapants; unetelle, réalisatrice? “Grand prix de Cannes et 50 entrées”, “Je vais passer pour une conne; -Bah c’est à ça que sert les assistantes!”, “Vous êtiez si lumineuse que vous avez cramé ma rétine”, compensant un scénario qui perd assurément du souffle.

Après la férocité, place à la layette

Car, entre Andréa qui va devenir “maman”, Hicham qui voudrait être “papa”, Mathias qui s’est gentiment remis avec sa femme, les personnages s’embourgeoisent et deviennent limite ennuyeux. Caricatures d’eux même et d’une profession, ils peinent à se renouveler tandis que les rôles secondaires deviennent moins bien écrits. Bref si une saison quatre est annoncée, il est à parier qu’en cette période de crise sociale, les français vont sans doute être peu sensibles à ces 1% qui semblent ne pas avoir de problèmes de fins de mois, de retraite ni de plein d’essence -tourné six mois en amont, les intrigues souffrent de ne pouvoir coller à l’actualité. Et, là où Fais pas ci Fais pas ça ( jadis diffusée par France 2 et produite par la machine de guerre Elephant Compagnie à qui l’on doit aussi Parents mode d’emploi) avait su avec génie saisir l’air du temps pendant neuf saisons- toutefois elle aussi sur la fin à bout d’inspiration- Dix pour cent ne jouera pas les continuations-la saison 4 sera la dernière a annoncé France 2-d’autant que Fanny Herrero, sa talentueuse scénariste jette cette année l’éponge après six ans d’écriture- “envie de passer à autre chose” dit-elle.

Rajoutez que Netflix ou encore Prime vidéo sont de plus en plus offensifs avec des séries écrites et jouées par la crème d’Hollywood à l’image de la nouvelle série Homecoming de Sam Esmail avec Julia Roberts qui, en psychologue pour les soldats revenant de mission, offre une inventivité et une modernité de mise en scène étourdissante, servie par un scénario haletant, digne des longs métrages d’Hitchcock, De Palma, ou encore Pakula. Bref du très lourd qui risque bien de mettre KO les frenchies qui ont toutefois réussi la performance de vendre la série aux Américains sous le nom de Call my agent.

AW

Dix pour cent, deux épisodes diffusés sur France 2 chaque mercredi à 21 heures à partir du 14 novembre 2018

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