1 janvier 2016
Des joues roses aux yeux las

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Avec Janvier vient la fin des expositions de la rentrée, et l’occasion de voir sans tarder  le XVIII ème siècle sous le pinceau de Fragonard, le peintre de l’amour galant s’il en est ou celui d’Elizabeth Louise Vigée Lebrun, qui fit les portraits parmi les plus inspirés de la Régence et de cette noblesse à jamais figée dans le temps. Deux univers bien éloignées des “pierreuses”, “filles en carte” et autres prostituées dessinées par Toulouse Lautrec, Degas ou Manet que le Musée d’Orsay a réunit dans l’exposition Splendeurs et misères, revenant sur les images de la prostitution au XIX ème siècle. Mise en scène par Robert Carsen, on y découvre les codes de “disponibilité sexuelle”-relevé de jupon pour une blanchisseuse, femme seule aux abords des bars-“les verseuses” pour des prédateurs en haut de forme lorsqu’ils choisissent leur partenaires au foyer de la danse de l’Opéra Garnier sous le pinceau de Degas. “Un mal nécessaire”; ainsi est défini dans ce XIXème siècle bourgeois une prostitution bien encadrée, avec maisons closes et visite médicale obligatoire afin de lutter contre cette syphilis qui fera tant de victimes.

L’aristocratie du vice

“J’avais perdu toutes mes illusions”, il faut les voir ces femmes, le regard las immortalisé par Degas dans l’Absinthe ou Manet avec sa toile La prune. Toulouse Lautrec choisit une palette sombre au contraire de Van Dongen quelques décennies plus tard tandis que la prostitution connait elle aussi son “aristocratie” avec les demi mondaines qui comme la belle Otero ont compris que ” la fortune vient en dormant, mais pas seule…”. Des toiles mais aussi du mobilier comme ce lit somptueux, des sculptures, l’exposition combine tous les genres y compris la photo avec des salles interdites aux moins de 18 ans, accessibles derrière un lourd rideau en velours rouge pour jouer aux voyeurs et regarder 69 et autres positions prises par des couples hétérosexuels ou homosexuels.

Et celle de sang

Bien paresseuse dans ses explications-une simple biographie linéaire à l’entrée présente le destin hors norme de cette femme que fut Elizabeth Vigée Lebrun, l’exposition qui lui est consacré au Grand Palais offre néanmoins une occasion unique de découvrir le talent de celle qui dès ses 24 ans connut la gloire. Marie Antoinette, la famille royale mais aussi des bourgeoises, des aristocrates pour des “portraits de société” admirables de maîtrise et de sensualité, des pastels d’enfants, et    autres toiles célébrant l’amour maternel. Elizabeth Louise Vigée Lebrun, elle-même une vraie beauté- a su rendre grâce à celle de ses modèles comme nulle autre-elle n’hésitait d’ailleurs pas à les arranger; des femmes à la carnation parfaite et au regard brillant qui, de la France à l’Italie en passant par la Russie ou l’Autriche eurent le privilège d’être figée pour l’éternité par cette femme contrainte par la Revolution de 1789 à l’exil.

Frago ou l’amour galant

Un bonheur pour les yeux que l’on retrouve au Musée du Luxembourg où c’est un Fragonard, “galant et libertin”, qui donne sa version de l’amour galant au XVIII ème siècle. Rose au joue, seins d’albâtre échappant aux robes décolletés, l’amour est ici galant, les femmes y semblant mener la danse, Frago excelle dans les scènes de jeu et autres “résistance inutile”. Fidèle à sa femme, père attentionné, il affirmait pourtant “peindre avec mon cul”, surfant sur la vague des Liaisons dangereuses de Laclos et un siècle où le jeu amoureux était l’unique préoccupation de la noblesse. Les siècles suivants ont bien changé la donne…

LM

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Le rouge est mis à Orsay pour les femmes qui vendent leur charmes

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Couleurs pastelles chez Fragonard pour un amour bien plus galant et partagé

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Magnificence du modèle et du cadre

 

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