30 janvier 2016
Des héros ordinaires

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Avec des scénarios des plus indigents comme celui d’ Arrête ton cinéma de Diane Kurys à laquelle on a plus qu’envie de répondre “Fais la même chose” ou l’ennui qui gagne après la première demi heure enlevée de Encore Heureux que les dialogues étincelants de Nicolas Bedos et le jeu jubilatoire d’Edouard Baer et de Sandrine Kiberlain ne parviennent à sauver, un constat s’impose: le cinéma français serait bien aise de recourir à ces “script doctors”- sauveurs de scénarios- que les américains usent pour leur films à l’envi. Sans compter qu’en revenant sur la grandeur du journalisme d’investigation dans Spotlight en notre époque soumise au buzz pathétique, ou encore en questionnant le citoyen sur le bien fondé de la raison d’Etat dans Le Pont des Espions,  Tom McCarthy et Steven Spielberg conjuguent au talent de divertir celui de réveiller les consciences. Prenons ainsi Jim (décidément ce prénom est bien porté)-James Donovan dans le civil; il est cet homme debout, qui se relève, quelque soit les coups reçus, avec cette idée que “peu importe ce que pensent les autres, vous, vous savez ce que vous avez fait”. 

Seul contre tous

Joué par Tom Hanks, toujours aussi impérial en avocat intègre et brillant, cet homme qui a vraiment existé, a joué en pleine guerre froide un rôle majeur, se révélant bien plus agile que tous les diplomates américains.  A l’image de cet avocat qui défendit les assassins de Lincoln, au nom de la même justice pour tous dans The Conspiration de Robert Redford et qui fut par la suite le créateur du Washington Post, il devra supporter l’opprobre de tous ses concitoyens avant d’être gratifié par l’histoire grâce à son courage qui sauvera deux hommes dans un Berlin Est devenu le théâtre tragique de la scission entre l’Est et l’Ouest, puis par la suite, des milliers d’autres lors des tensions entre les Etats-Unis et Cuba. Un héros ordinaire qui comme les journalistes du Boston Globe n’aspirait à rien d’autre que faire son métier, en honnête homme. Avec les risques qui vont avec, mettre en péril sa propre famille, l’ordre établi et la bonne conscience d’une société bien peu encline à remettre en question le pouvoir, à fortiori lorsqu’il vient de Dieu.

Résister, en conscience

“Il faut un village entier pour élever un enfant, il faut aussi un village entier pour en abuser”. Dans les années 80, plus d’une centaine de prêtres bostoniens ont abusé les enfants dont ils avaient la charge, véritables prédateurs s’attaquant aux enfants des familles les plus démunies, avec un père absent ou une mère déficiente. Avec 20 000 dollars, l’Archevêque achetait leur silence, aucune plainte n’était déposée et l’on réaffectait le prêtre dans un autre district où généralement, il recommençait- l’abstinence étant une chose bien contraire à la nature quoiqu’en disent les Saintes écritures. Le film Spotlight revient sur le travail de fourmi que cette unité de journalistes d’élite qui donne son nom au film- , mena en 2001 jour et nuit, épluchant les registres des paroisses, résistants aux pressions et interviewant sans relâche les “survivants”, plus de 1000 hommes et femmes ayant supporté que ce en quoi ils croyaient le plus puisse les violer. Et leur demander de se taire.

Deux films dont on sort grandi et particulièrement essentiels en ces temps où la conscience de chacun semble sujette à toutes les compromissions.

LM

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