9 janvier 2020
Des fêtes sous le signe d’un Rossini féerique et plein d’esprit

Pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra de Liège remet à l’affiche une production de La Cerenentola de Rossini que Cécile Roussat et Julien Lubek avaient imaginée pour la maison wallonne en septembre 2014. Réglant l’ensemble des paramètres du spectacle, de la scénographie aux lumières, en passant par les costumes, le duo fait désormais partie des habitués de l’institution liégeoise, où ils avaient réalisé leur première mise en scène d’opéra, avec La flûte enchantée, en 2010.
Fidèles à leur esthétique mêlant dynamique ludique et poésie colorée, les deux compères restituent habilement la féerie de l’adaptation du conte transcrit entre autres par Perrault et Grimm. Le rideau se lève sur un tulle aux teintes nocturnes et étoilées, derrière lequel Alidoro et ses amis ouvrent le livre de la narration – et du songe – dans un geste à la fois littéral et ingénieux. Vêtus comme le bon génie, les machinistes déplacent le décor rotatif au gré des différents lieux de l’intrigue, de la demeure de Don Magnifico au palais du prince. La caractérisation des situations et des personnages ne manque pas de saveur, à l’exemple des moignons et de la chaise roulante du faux-mendiant, de la coiffe infatuée et grotesque à l’image de père de famille ou encore du Dandini déguisé en prince aux allures de caricature de Napoléon. Si le finale du premier acte semble vouloir redoubler le foisonnement du drame et de la musique, avec des intentions symboliques sans doute plus appuyées que bien élucidées, celui du second se concentre avec justesse sur les renversements psychologiques d’un dénouement irrésistible, au diapason d’une musique aussi touchante que pétillante.

Un duo rayonnant

Dans le rôle-titre, Karine Deshayes détaille une délicieuse musicalité qui fait palpiter de vie et de sensibilité une volubilité virtuose et un instinct du sentiment porté par une chaleureuse souplesse de l’émission. Galbée dans une réserve aux confins d’une timidité presque apprêtée, sa Cendrillon rayonne de la bonté profonde du personnage. En Don Ramiro, Levy Sekgapane se distingue par un timbre brillant et lumineux, à la séduction évidente. Le ténor sud-africain affirme une vaillance juvénile qui s’épanouit au fil de la soirée. Le robuste Enrico Marabelli résume la rusticité plébéienne de Dandini, que ne reconnaît pas le Magnifico gourmand de Bruno de Simone, aveuglé par les apparences comme ses deux filles, Clorinda et Tisbé, où Sarah Defrise et Angélique Noldus se révèlent parfaitement complémentaires. Remplaçant Laurent Kubla, annoncé souffrant, le solide Luca Dall’Amico s’acquitte fort honorablement des répliques d’Alidoro. Préparés efficacement par Pierre Iodice, les choeurs répondent à la vitalité précise et festive de la direction de Speranza Scappucci, à la tête de son Orchestre de l’Opéra de Liège. Un beau programme de réveillon pour tous, novices comme amateurs confirmés.

Par Gilles Charlassier

La Cerenentola, Rossini, Opéra de Liège, décembre 2019

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