26 mai 2015
De strass et de fureur

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C’est donc un réfugié tamoul soumis à la dureté d’une banlieue française qui remporte cette année l’or. Les pronostics sur la Croisette avaient pourtant donné favori Youth ou encore Carol, avec Cate Blanchett semblant sortir des pages Vogue des années 60 dans un film au classicisme des plus ennuyeux; une confirmation que 2015 fut une petite édition vampirisée par les mannequins, partenaires et autres sponsors en tous genres inondant le Festival d’un bling bling qui cadre bien peu avec les films donnés. Prix du scénario, Chronic donne à voir des malades en phase terminale avec la toilette et autres soins montrés dans leurs moindres détails; Grand prix du jury, Le fils de Saul s’ouvre sur une chambre à gaz où l’on précipite hommes, femmes et enfants. On sort ensuite les corps avant d’étouffer un jeune garçon respirant encore. Voilà juste pour le début…

Macbeth a, en fin de semaine, offert ses flots de sang, des enfants brûlés vifs au bûcher alors que dès la salle quittée, on retrouve vitrines scintillantes des boutiques, la musique des fêtes qui résonnent dans toute la ville et toute une faune avide de selfies, d’autographes, de verres gratuits et des paillettes qui semblent ensevelir le festival comme Pompéi le fut par les cendres. Partout, les habitués se lamentent, certains ayant renoncé à couvrir ce qui ressemble de plus en plus à une foire commerciale, avec des agents surpuissants, des stars sous cloche et des journalistes réduits au publireportage lorsqu’ils ne descendent pas les films par dépit en 140 signes.

De quoi donner envie de s’enfuir en Antarctique, à l’honneur pour le film de clôture qui fut, c’est une première, un documentaire sur le glaciologue Claude Lorius. “En 100 ans, nous avons impacté plus le climat qu’il ne l’a été en 800 000 ans”.  On ignore si le dîner de clôture s’en est trouvé bouleversé et combien d’éditions pourront encore montrer comment douze jours durant, le reste du monde n’existe plus ici, à part sur la pellicule projetée dans les salles très sombres…

Par Laetitia Monsacré

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