23 janvier 2014
De Mitt à Homs

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Nos lecteurs le savent: au Pariser, on adore les documentaires. Alors à Sundance où la sélection est aussi importante pour les “documentary” que les films – 16 américains, 12 pour le reste du monde rien que pour cette édition, on était à la fête… Le week-end a commencé avec E-team, sur cette organisation peu connue en France, Human Rights Watch; des centaines de volontaires qui vont sur les zones de guerre pour recueillir les témoignages, prendre des photos et écouter les gens, de quoi revenir avec des preuves des massacres comme au Kosovo, en Libye ou en Syrie. Bref, un job de super journaliste sans les délais ni desirata d’un rédacteur en chef à des milliers de kilomètres. Pas de gilet pare-balles,  ni de logo Press. On porte le voile, on se fond dans la masse et on a aussi peur que les locaux à l’image de ce couple d’Américains qui vivent à Paris et quittent leur appartement bien douillet, leur fils de 11 ans pour risquer leur vie au nom de ce qu’ils pensent être leur devoir. Respect. Avec Love Child, changement d’ambiance. Ce documentaire coréen revient sur un fait divers effrayant mais ô combien révélateur de ce qui est désormais comme une addiction: les jeux vidéos. Sarang, une petite fille de trois mois est morte de faim, délaissée par ses parents qui passaient leur temps sur Prius, un jeu vidéo avec un monde virtuel où ils espéraient gagner de l’argent avec leur avatar (ils en avaient aussi un pour leur enfant), à raison de huit heures par jour! On voit ici la faillite d’un système “a dying world”, des zombies humains gavés d’images (les bus en Corée ont trois écrans) et comment on peut s’occuper d’un enfant virtuel en oubliant celui, bien réel, qui est à côté de vous. Voilà qui ne risque par d’arriver au “flipping mormon” (le mormon qui change tout le temps d’avis) – c’est ainsi que les médias nommaient Mitt Romney. La famille est en effet au centre de cette religion comme on peut le voir dans l’extraordinaire documentaire de Greg Whiteley, intitulé juste Mitt, qui a suivi six années durant, sans savoir s’il allait pouvoir finir faute d’argent, celui qui a perdu face à Obama en novembre 2012. Des primaires perdues en 2008 à sa course à la présidence, Romney s’est laissé filmer non stop, montrant tous les moments de découragement, de fatigue, de préparation aux fameux débats, le soutien de sa femme, de ses cinq fils et son incroyable humour.

Au plus près

La scène où il repasse ses manches de chemise sur son bras, après avoir enfilé son smoking et reconnaissant que normalement on fait cela avant, risquant de se brûler à tout moment est absolument jubilatoire; tout comme tous ces instants où l’on voit que celui qui a failli être un des hommes les plus puissants de la planète est juste un type comme un autre, surtout lorsqu’il rentre seul avec sa femme dans son appartement (pas du tout celui d’un millionnaire), après avoir perdu.  Ou encore lorsqu’il se lève juste devant vous, à la fin de la projection, pour répondre au réalisateur et entendre un spectateur dire “dommage qu’on n’ait pas vu ça avant l’élection!”… Mais le coup de massue du festival restera sans doute Return to Homs, un document incroyable tourné par le réalisateur syrien Talal Derki entre août 2011 et août 2013 dans la ville martyre de Homs. Des manifestations pacifistes à la prise des armes, on suit un cameraman Ossama – aujourd’hui porté disparu – et un “Che Guevara” local, Bassat, 19 ans, beau comme un dieu, footballeur adulé qui a refusé l’invitation de Bachar al-Assad de se ranger à ses côtés pour prendre les armes et devenir une des figures de la résistance, montrant ce qu’aucun reportage de journaliste n’a pu donner à voir: les combats au quotidien, les civils pris au piège, la mort qui frappe en direct, les corps qui restent des semaines car les snippers sont partout et la rage de ces hommes qui chantent quand ils ne combattent pas ou creusent un tunnel sous la route pour sortir de la souricière. Mais aussi leur humour lorsqu’ils s’amusent de la disparition des canapés dans leur maison dévastée par les bombes. Aucune fiction ne pourra jamais avoir la force de ce que nous avons vu dans cette salle, et qui a valu à son producteur d’être emprisonné; c’est la pression de la communauté cinématographique internationale qui a permis sa libération et permis que les cassettes puissent sortir après qu’il eut été capturé. “Le monde regarde comment nous sommes tués l’un après l’autre et reste silencieux comme une tombe“,la voix off du réalisateur conclut le film et les lumières se rallument pour une série de questions. L’ambiance est lourde surtout lorsque l’on sait que Bassat est aujourd’hui encore, loin de Genève et Sundance, en train de se battre.

LM

Pour les films, Thierry Cheze de Studio Cinelive a fait une super couverture que vous pouvez retrouver sur le site de l‘Express

Voilà un extrait de Return at Homs qui avait été diffusé sur Arte en mars 2013

Et le fameux jeu Prius qui rend “addicted” au même titre que l’alcool, la drogue ou le casino

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