25 janvier 2016
De l’autre côté de la montagne, vivre et laisser mourir

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Quiconque n’a pas vu Tao- la vague en chinois, l’héroïne du dernier film du réalisateur Jia Zhang-ke, danser dans un terrain vague le long du fleuve jaune, sous la neige qui tombe, aux sons de Go West des Pet Shop boys, a raté l’une des plus belles scènes que le cinéma nous a offert ces derniers mois. De l’autre côté des Montagnes est une fresque ébouriffante sur la transformation de la Chine, son ouverture au capitalisme et sur ces crossroad- ces croisements qui décident une fois pris, la vie que l’on mène plutôt qu’une autre. Débutant en triangle amoureux non sans rappeler la fraicheur de Jules et Jim, le film oppose un jeune homme ivre de réussite et un mineur au sourire d’ange qui convoitent tous deux la même femme. En choisissant de s’unir au premier, Tao deviendra très riche mais désespérément seule, perdant la garde de son fils, Dollar, qui deviendra un pur produit de la réussite à la chinoise, expatrié en Australie et ne parlant même plus sa langue maternelle.

Le hachoir qui s’abat sur la viande pour préparer les raviolis, le portable qui continue de sonner dans la main lorsque l’on est mort, après A touch of sin, Jia Zhang-ke continue avec une poésie violente et fascinante à disséquer les ravages du capitalisme dans une Chine crepusculaire, le choc des civilisations et cette perte d’identité qui fait de ses personnages des fantômes à eux-mêmes, condamnés à une morne errance, sans avoir les clés de leur destin. A peine possèdent-ils, en effet, celle de leur maison…

AW

Voilà un très bon montage de ce Go West,  capable de galvaniser un peuple entier!

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs