20 mars 2014
Maylis de Kerangal/ Dans les limbes

92858537

Maylis de Kerangal est ce mercredi en couverture de Télérama. Deux mois que la vague montait avec cette évidence qui s’imposait à tous, confirmée aujourd’hui par le prix des étudiants France Culture -Télérama et le Grand Prix RTL-Lire. Réparer les vivants, son dernier roman est de ces livres qui vous marquent comme rarement; un style à la densité envoutante, une construction implacable et des personnages qui vous entraînent au plus profond de ce qu’est l’humain. Mort ou (et) vif. Simon a 19 ans, une sortie de surf entre copains, le van qui dérape: coma irréversible. Reste son corps, intact, et son coeur ” ce coeur humain, depuis que sa cadence s’est accéléré  à l’instant de la naissance quand d’autres coeurs au-dehors accéléraient de même, saluant l’événement, ce qu’est ce coeur , ce qui l’a fait bondir, vomir, grossir, valser léger comme une plume ou peser comme une pierre, ce qui l’a étourdi, ce qui l’a fait fondre-l’amour” (…). La première phrase du livre n’en finit pas, comme un pulsation qui hypnotise lentement le lecteur et ne le lâchera plus tout au long de cette journée où “la mort se présente, la mort s’annonce, tache mouvante au pourtour irrégulier opacifiant une forme plus claire et plus vaste, la voilà, c’est elle. ” Les parents et leur petite fille “pour peu que l’on s’approche, pour peu que l’on soit doux et silencieux, on entend leur coeur qui pompent ensemble la vie qui reste”, Juliette, la petite amie mais également tous ces hommes et ces femmes qui vont entrer dans la ronde pour “enterrer les morts et réparer les vivants”, dialogue tiré de la pièce Platonov de Tchekhov; faire de ce corps encore vivant et pourtant mort, le lien qui va les unir pendant vingt quatre heures afin de donner du sens à ce qui n’en a pas-la mort d’un adolescent. Chacun reçoit au fil des pages une dimension unique, de ce Thomas Remige qui chante pendant la toilette mortuaire à Claire, cette femme qui va vivre car un autre est mort, en passant par tous ces acteurs aux gestes sûrs, et bien sûr Simon, qui n’est plus mais qui est encore. Et restera dans les mémoires de chacun des lecteurs qui lira ce roman immense, à la force et à la beauté entêtante.

LM

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