6 avril 2013

Encore un soir où je n’arrive pas à m’endormir. Depuis plus d’une heure, je m’énerve toute seule à tenter de compter des moutons. Et dieu seul sait si c’est compliqué parfois.
Première étape, fermer, les yeux et surtout, quoi qu’il arrive ne pas les ouvrir à nouveau. Poser ensuite le décor : une campagne verdoyante sous un soleil printanier. Là, je m’arrête ; le doute s’installe… Et si il pleuvait ? Si le ciel était à l’image de celui d’aujourd’hui… Bon, bon, passons. Mais pour me rassurer, je vais quand même me visualiser chaussée de caoutchoucs et un parapluie à portée de main. Les giboulées arrivent si vite. La météo et les détails pratiques, c’est réglé.
Revenons à nos moutons ! D’ailleurs, j’en fais venir combien ? Réfléchissons… Euh… Afin d’être certaine de sombrer dans les limbes du sommeil, je vais partir sur une base de cent. Comme par magie, un troupeau entier débarque. Moutons, brebis et agneaux des toutes tailles.
Ouf, je vais enfin pouvoir entamer le décompte et me détendre.  Allez, je me lance !
Cent moutons, quatre-vingt-dix-neuf moutons, quatre-vingt-dix-huit moutons. Mince, ça ne marche pas. Ils me regardent tous en bêlant.
Mais oui : j’ai oublié le détail essentiel ! La barrière par-dessus laquelle ils doivent sauter ! Fière de cette découverte, j’ouvre grand les yeux ! Et les clos aussi vite. Seulement, le mal est fait, je suis à nouveau consciente d’être éveillée. A cause d’un bout de bois oublié ! Ils ne connaissent pas le saut de biche les moutons ? Bon, je recommence ! Pof pof, les oiseaux, l’herbe et… Voilà, il va pleuvoir ! Je ne sais pas comment ça va finir cette histoire… De plus, le volume sonore des bêlements de cent ovins commence franchement à m’importuner. J’ai déjà bien assez d’un pic-vert !
Silence maintenant les gigots ! Je vais me remettre à vous compter ! Et je ne veux plus vous entendre ! Bon… Cent moutons ! Le premier s’approche mais au moment où il prend son élan, un second plus âgé sort du troupeau. Il s’adresse à moi en prenant la foule à témoin : « Bêêê pourquoîiî c’est lui le premiêêêêr ??? ». Puis une autre voix plus lointaine de se plaindre : « Vous auriez pu faîîîre passer les agneaux et les brebis d’abord ». Le brouhaha s’installe à nouveau. N’en pouvant plus, je les menace de les faire disparaître et de les remplacer par une course d’escargots car le ciel se couvre de plus en plus d’épais nuages. Il faut savoir que c’est un affront suprême pour un mouton de cerveau que de se voir voler la vedette par un escargot athlétique. Un silence de plomb s’installe. Petite pause concentration… Cent moutons. Enfin, comme par magie, tout se déroule comme prévu : il franchit l’obstacle avec agilité et… s’arrête net ! « Bêêêê, je vaîîîs où maintenant ? »
Décidément, la réputation des moutons n’est pas galvaudée. Espèce de crétin ! Tu rentres dans la bergerie ! Et tu n’en sors plus jusqu’à ce que je t’y autorise ! Hors de ma vue, dégage ! Pas une réaction, pas un mouvement. Je suis au comble de l’énervement. Tu retournes immédiatement dans la berge… Je n’ai pas le temps de finir ma phrase car soudain je réalise que J’ai oublié le bâtiment dans la construction mentale de mon décor. Ne voulant plus les voir, j’ouvre les yeux à nouveau. Quel paradoxe ! Les deux points lumineux du radio réveil clignotent dans la nuit et m’assènent un 01:42. Et si je relisais Le Petit Prince car je n’ai absolument plus envie de dormir ?

Par Nathalie Cordier

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