22 janvier 2014
Claudio Abbado/ Ciao Maestro

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A en juger par la nécrologie de ce mois de janvier (après la mort brutale d’Eva Ganizate), on en viendrait à songer que l’ange préposé à l’état civil du paradis n’aime pas la musique – peut-être est-ce un ancien du ministère de la culture française ? Avec Claudio Abbado, c’est l’une des dernières légendes vivantes de la direction d’orchestre qui vient de s’éteindre ce lundi 20 janvier au matin, à l’âge de 80 ans.
Né à Milan en 1933, il aura dirigé les plus prestigieuses institutions, qu’il a contribué à faire évoluer. Directeur musical de la Scala de Milan de 1971 à 1986, il a œuvré à ouvrir la vénérable maison à des publics moins argentés. A la Philharmonie de Berlin, où il succède à Karajan en 1989, il élargira le répertoire et rajeunira les effectifs. Gravement atteint d’un cancer de l’estomac en 2000, il quitte ses fonctions deux ans plus tard pour se consacrer à sa vocation de passeur. Infatigable faiseur d’orchestres, Claudio Abbado a créé en 1983 l’Orchestre de chambre d’Europe, en 1997 le Mahler Chamber Orchestra. En 2003, c’est l’Orchestre du festival de Lucerne qu’il fait renaître de ses cendres, mêlant les meilleurs pupitres d’Europe aux plus grands solistes, « pour le plaisir de jouer ensemble », sa devise.

Légendaire main gauche

Avare de paroles, notamment avec la presse, il dévouait son énergie et sa générosité à la musique et il a préparé la relève en lançant des baguettes désormais consacrées comme Daniel Harding ou Gustavo Dudamel. De la stature noble de ce maître qui préférait toujours le dialogue à l’autorité, émaciée ces dernières années par la maladie, se dégageaient une douceur et une écoute inégalables. Geste rare et épuré, il tirait de ses musiciens des sonores inouïes et décantées, comme on a pu l’entendre en août dernier à Lucerne dans un programme réunissant deux symphonies inachevées, la Huitième de Schubert et la Neuvième de Bruckner, et qui s’est révélé être son chant du cygne. Il ne reste maintenant que les nombreux témoignages, tant à l’opéra qu’au concert, de celui qui, si proche de l’absolu dans ses interprétations, a désormais rejoint l’éternité.

Par Gilles Charlassier

 

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