5 juin 2013
Chamanisme au Théâtre des Champs-Elysées

Il est certain, à voir Le Sacre du printemps dans sa version originelle de Nijinski que peu de chorégraphes contemporains pourront espérer dans 100 ans être non seulement repris en public mais paraître toujours aussi modernes. Après les gesticulations ennuyeuses la semaine dernière de Benjamin Millepied au Châtelet, voilà au Théâtre des Champs-Elysées à l’occasion de son centenaire à lui aussi, la reprise du spectacle qui avait ici même chaviré les foules il y a tout juste 100 ans . Cette fois le public ne s’insurgera pas et les bravos s’élèvent dans ce magnifique opéra des beaux quartiers où les bourgeois sont aussi nombreux que les notes de musique. Celui-ci pour exprimer son mécontentement est désormais moins virulent-quelques sifflets lorsque la mise en scène le choque un peu trop ou si la fosse ne tient pas la route, loin des vociférations qui avaient provoqué l’ interruption de la représentation en 1913. Il faut dire qu’entre danses indiennes, très terriennes faisant souvent penser à des rondes chamaniques, on imagine aisément comment la chose avait pu choquer le public constitué de monsieurs en queue de pie et de leurs épouses encore corsetées, avec un lourd chignon, ne pouvant s’habiller sans l’aide de leur femme de chambre.  Imaginez  à l’époque des ballets romantiques de Marius Petipa, il créa ces derniers en 1910, ce que cela fut de voir des danseurs et danseuses en transe sur cette musique incantatoire de Stravinsky . Voilà en tout cas une rencontre entre les deux artistes russes qui supporte difficilement la réplique. Se frottant à l’exercice en seconde partie de soirée, la chorégraphe Sasha Waltz ne manque pas de talent; la scénographie est assez belle avec cette pointe qui, telle une dague, descend lentement du plafond pour symboliser le sacrifice final. Fluidité, présence des danseurs, cette création pour le centenaire se regarde sans mal. Reste que deux “Sacre” au niveau auditif, cela fait beaucoup et que si la Berlinoise a du mal à se démarquer de Nijinski  au début de la partition, reproduisant trop le rythme imposé par la musique, elle ne convainc qu’ à moitié contrairement à Maurice Béjart en son temps qui en avait fait un ballet devenu classique. Pina Bausch sera quant à elle, cette semaine “à la colle”, avec sa version de 1975. Alors à vous de comparer…

LM

Théâtre des Champs-Elysées du 29 mai au  7 juin

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