4 juin 2014
Céline/ Voyage au bout de l’écriture

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“Ça a commencé comme ça”. 886 pages plus tard, Louis Ferdinand Céline, alors un inconnu âgé de 34 ans met un point final à son son premier livre et chef d’oeuvre, Voyage au bout de la nuit. Entre temps, l’écriture a changé, pris plus d’ampleur, plus de place sur la feuille blanche; elle a été parfois penchée, parfois hésitante, mais aussi comme délivrée des ratures pour devenir  impériale comme dans les dernières pages. Trois années de travail que l’on retrouve dans un sublime coffret de 4 kg édité à 1000 exemplaires grâce aux Editions des Saint Pères. Cette maison s’est spécialisée dans l’édition des manuscrits avec l’an dernier ceux de La belle et la bête de Cocteau, de l’Ecume des jours de Boris Vian ou encore plus près de nous celui d’Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb. Un belle initiative au temps des ordinateurs qui vont peu à peu faire du manuscrit un objet en voie de disparition. Rares sont encore les écrivains qui donneront à voir leurs corrections, leurs errements et l’essence même de leur écriture. C’est pourtant chose extraordinaire que de voir comment chaque phrase est née et de l’avoir sous les yeux, chez soi, à l’envi. Vendu en 1943 contre 10 000 francs et un petit tableau de Renoir à un marchand d’art par Céline, ce manuscrit, qui raconte l’absurdité de la première guerre mondiale et la condition misérable des plus pauvres à travers le personnage de Ferdinand Bardamu, est désormais dans un coffre à la BNF, préempté pour 12 millions de francs en 2001 par l’Etat français. Autant dire que vous avez peu de chances de pouvoir y promener vos yeux et voir ces traits rouges que fit la dactylo lorsqu’elle n’arrivait pas à lire l’écriture de Céline; découvrir que “une fois devenu brigadier après des semaines de déroute au mois d’aout (sans accent, il en manque souvent d’ailleurs…)” devienne à la réflexion, à la relecture qu’en sait-on?, “Une fois devenu brigadier à la fin du mois d’aout”. Céline sans cesse désépaissit, réécrit, rature, barre des pages entières, écrit d’autres sur les papiers à en tête qui lui sont tombés sous la main; ses “s” ont tantôt comme des ailes, tantôt restent tout sages.

La version reproduite ici, grâce aux feuillets originaux numérisés et restaurés-rien à voir avec un fac similé- est cependant différente de la version publiée, Céline ayant corrigé à nouveau sur épreuves et changé des noms propres. Elle n’en reste pas moins un vrai trésor qui ravira tous les amoureux des livres pour un prix certes élevé mais totalement justifié pour un objet-oeuvre d’art renfermant la genèse de la création d’un des livres les plus marquants du XXème siècle.

LM

Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline, manuscrit publié aux Editions des Saint Pères, 250 euros à acheter en ligne

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