11 juin 2014
Cavalier Seul, l’occident s’en va en guerre

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Comment peut-on être Byzantin ou Turc ? C’est la question que reprend et adapte Jacques Audiberti dans sa pièce Cavalier seul. L’histoire: adulé par sa mère, interprétée par Marina Vlady, amant des femmes du village, si ce n’est de la région, Mirtus joué par un brillant Mathias Maréchal, fait l’admiration de tous. Pourtant il s’ennuie ferme dans son domaine d’Ariège. A la recherche d’une cause à sa mesure, il va partir sur un coup de tête libérer seul le Saint-Sépulcre des turcs.

A partir de cette mission, le dramaturge va faire se confronter le jeune paysan catholique à l’empereur byzantin, puis au calife du Caire installé dans la ville sainte. Prodiguant ses charmes aussi bien aux femmes croisées sur sa route qu’aux puissants rencontrées dans les palais, Mirtus lève un à un les obstacles qui le séparent du destin qu’il s’est lui même donné.
Mais des palais de Constantinople jusqu’aux palais seldjoukides, la foi de Mirtus va être soumise à rude épreuve. Car tout dans ce choc des civilisations fini par se briser, et au premier rang desquelles les croyances de l’occident. Débarrassées de ses oripeaux, les valeurs chrétiennes apparaitront au final trop lourdes pour les jeunes épaules du cavalier.

Un texte acéré

Ces bombes que l’auteur lâche jusqu’au coeur de la ville sainte, puisque même l’emplacement du Saint Sépulcre fait l’objet d’un débat, résonnent bien entendu plus que jamais aujourd’hui. Mais cette pièce est captivante avant tout pour l’exceptionnelle modernité du texte de Jacques Audiberti. Emphase ridicule, catéchisme chrétien et blagues de garçon de bain se succèdent aux cours d’échanges vertigineux. Les acteurs jonglent avec délectation avec ce texte virtuose, au premier rang desquels Marcel Maréchal tour à tour paysan, empereur et Calife. Seule Marina Vlady semble moins à l’aise lorsqu’il faut plonger dans le ridicule, ses personnages ressortant ainsi légèrement décalés avec le ton de la pièce.

Il n’en reste pas moins que ce mélange des genres, où la gaudriole tutoie le tragique, reste peu fréquent en France. C’est peut être ce qui a perturbé le public du theatre 14 resté étonnement discret. A moins qu’il n’ait pas osé rire devant les mains baladeuse de Mirtus lancé alors en pleine profession de foi chrétienne. Pourtant ce texte baroque n’en est pas moins efficace que les grandes tirades dramatiques pour dénoncer le fanatisme religieux, et autrement plus réjouissant.

Par Florent Detroy

Cavalier seul jusqu’au 05 juillet au Théâtre 14

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