2 février 2015
Caroline Alexandre/ Le souvenir rend libre

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Parmi les livres consacrés à la Shoah, celui de Caroline Alexander tient une place singulière par l’éclairage qu’il apporte sur Auschwitz, dont on commémore le soixante-dixième anniversaire de la libération en ce mois de janvier 2015. Ciel avec trou noir, reprend les mots d’un étrange libraire astrologue amateur du théâtre de l’Ambigu, à deux pas de République, qui avait insisté à faire le thème de celle qui fut journaliste et critique de musique et théâtre pour maintes publications; un roman qui retrace la quête des origines et des trace  s de sa mère et son frère, disparus dans les camps.
L’ouvrage ne se contente pas d’être un témoignage. Composé, au sens musical du terme avec une belle finesse, il mêle les fils de la mémoire, esquisse les climats et les époques par touches et détails – la guerre, les années soixante, le pèlerinage à Mönchengladbach en 1989, les années 2000 – jusqu’à ce dénouement, un 1er avril 2011 à Auschwitz où elle a finalement accepté de se rendre, sur l’insistance de sa fille.

La vie, malgré tout, victorieuse

La voix qui se fait entendre s’avère aussi inimitable que sincère. Ici pas de faux-semblants ici, ou de sentiments de circonstance : la mort de son père, qui a lâchement laissé femme et enfants en Allemagne pour fuir en Grande-Bretagne ne lui trie aucune larme, même si on devine entre les lignes les blessures secrètes. L’émotion est d’autant plus juste et vive, que l’auteure ne se complaît pas dans la déploration, et laisse s’épanouir l’humour et l’ironie. Indéniablement, dans une existence placée sous les auspices du drame et de la mort, la vie a gagné. Tel est peut-être le miracle de cette autobiographie : se souvenir pour se libérer. Mention spéciale aux dessins de Raymond Pessauro, admirables variations sur le thème de l’étoile juive, épousant subtilement les inflexions et les linéaments d’un récit qui marque durablement le lecteur.
GL
Ciel avec trou noir de Caroline Alexander aux Editions MEO

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs